Végétalisation : de la com’ plutôt

Retrouvez l’intervention de Stéphane Guilland lors du conseil municipal du 1er juillet 2019 :

Monsieur le Ministre, mes chers collègues,

Il y a huit mois, vous mettiez fin à votre exil parisien afin de consacrer votre temps au service, je cite, « de Lyon et des Lyonnais », Lyonnais dont vous n’imaginiez pas – malgré toutes les qualités de vos remplaçants à la Ville comme à la Métropole – qu’ils puissent se passer de vous. Depuis, ils ont pu constater que ce retour n’est pas le long fleuve tranquille que vous espériez. Il est vrai que beaucoup de vos amis – dois-je dire « anciens amis » – ne vous facilitent pas la tâche. S’il n’en reste qu’un, cela devrait se jouer entre Richard BRUMM et Roland BERNARD.

Alors, face à tant d’ingratitude, vous vous êtes recentré sur vos fondamentaux, sur votre marque de fabrique politique, sur un savoir-faire que vous maîtrisez depuis bientôt 50 ans : les coups de com’ et les promesses électorales. J’avais eu l’occasion de détailler longuement ces méthodes lors de votre ré-ré-réélection. Je n’y reviendrai pas.

Pas une semaine ne passe sans que vous ne mettiez le doigt sur un problème et que vous promettiez aux Lyonnais la solution miracle. Insécurité, trafic de drogue à la porte des collèges, manque d’équipements publics, pollution, îlots de chaleur, restauration scolaire, etc., vous pointez une à une les lacunes de votre bilan. Vous seriez en campagne contre le Maire sortant, vous ne feriez pas mieux.

Le dossier qui nous est soumis aujourd’hui vire à la caricature.

En ce début d’été, la situation est un petit peu compliquée. En Presqu’île, la crise couve chez les commerçants, qui ont supporté samedi après samedi la colère des gilets jaunes. Les riverains regroupés de façon spontanée en collectif dénoncent les rodéos qui pourrissent leurs nuits. D’une façon générale, la prise de conscience du phénomène climatique change la donne politique. À moins d’un an des prochaines élections, il faut reprendre la main !

C’est ce que vous faites – ou du moins vouliez faire – en présentant ce dossier de végétalisation éphémère de la Presqu’île. Faisant confiance à vos communicants, vous nous sortez du chapeau un petit projet qui va, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, calmer tout ce petit monde et envoyer un signal fort aux électeurs sur votre fibre écolo. Étienne TÊTE en est, paraît-il, encore tout retourné !

Très vite, malheureusement, ce projet mal ficelé – il est vrai que votre fidèle nouveau Directeur des Espaces verts n’est là que depuis quelques mois et n’a manifestement pas encore pris toute la dimension de cette nouvelle affectation –, très vite donc, ce projet mal ficelé va prendre l’eau :

  • Les cyclistes dénoncent d’entrée la suppression des voies cyclables et le danger induit ;
  • Les commerçants s’inquiètent des restrictions de stationnement ;
  • Les spécialistes vous apprennent que l’utilisation de bacs n’est pas une solution conforme à votre nouvelle ambition verte ;
  • Richard BRUMM voit 600 000 euros s’envoler, à peine deux mégardes, Michel LE FAOU ! Deux fois 370 000 euros ! C’est la nouvelle unité de compte, une mégarde ! Si on prend le compte de Denis BROLIQUIER, on est largement à plus de deux mégardes ;
  • Les élus du 2earrondissement – ayant appris le projet par la presse – dénoncent une fois de plus le manque de communication avec la Mairie centrale ;
  • Et David KIMELFELD, dont vous n’avez pas manqué de saluer l’action à la tête de la Métropole lors de votre passage sur Europe 1 hier matin, David KIMELFELD ne voulant pas rester à la traîne sur ce coup politique qu’il n’avait pas vu venir annonce, sans concertation avec la Mairie centrale, une piétonnisation du secteur.

Au milieu de tout cela, Monsieur le Ministre, les Lyonnais, qu’ils habitent la Presqu’île ou d’autres arrondissements, comptent les points. Une lecture attentive des avis laissés lors de la concertation démontre qu’ils ne sont pas dupes de vos intentions.

L’opération de green washing fait flop. Rien d’étonnant à cela, très à la mode dans les années 1990, les méthodes marketing de green washing ou d’écoblanchiment en français ne résistent en général pas longtemps au fact checking, à la réalité des faits. Avant vous, nombre d’entreprises ont fait les frais de cette pratique d’un autre temps. J’ai d’ailleurs hésité à vous apporter un pot de peinture verte et un pinceau qui auraient pu faire à peu près le même effet.

L’urgence climatique et les Lyonnais, Monsieur le Ministre, méritent mieux que cela. Nous nous abstiendrons sur ce dossier.

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