Lutte contre la délinquance

Retrouvez l’intervention de Pierre Bérat lors du conseil municipal du 23 septembre 2019 :

Notre Conseil municipal se prononce maintenant sur des subventions à des associations qui organisent des chantiers loisirs ou éducatifs, dans le cadre de la stratégie de sécurité et de la prévention de la délinquance. Nous ne quittons pas le sujet que nous venons d’aborder. Personne ne contestera ces chantiers de loisirs éducatifs qui aident des jeunes en difficultés à rester ou à revenir dans le bon chemin en les inscrivant dans un projet collectif qui travaille le sens de l’effort, de la réalisation et de l’intérêt général.

Ce qui reste toutefois préoccupant, c’est la modestie de l’engagement municipal dans la prévention de la délinquance. 75 000 euros sur l’année pour cette action, c’est 9 % du coût de l’expérimentation florale temporaire de la rue du Président Édouard-Herriot que nous avons évoquée tout à l’heure. 9 % ! Nous rappellerons également l’information du dernier rapport « Développement durable » de la Ville : pas plus de 15 jeunes délinquants par année sont concernés par les modules mis en place par la Ville pour une réparation pénale. Pas plus de 15 ! Pourtant, chacun mesure combien les besoins en matière de traitement de la délinquance sont colossaux, et en augmentation dans notre ville. Je dois d’ailleurs dire, Monsieur COLLOMB, que je ne pense pas que les Lyonnais partagent le sentiment d’une baisse de la délinquance depuis août 2018.

Ce sont les chiffres, mais je pense que tous les ressentis de terrain font plutôt part d’une augmentation récente de ces faits. Nous venons de débattre de la situation déplorable la nuit en Presqu’île et des pressions qui sont exercées sur les habitants. Je ne reviens pas sur ces points, et je modifie mon intervention. Deux points toutefois sur lesquels je souhaiterais revenir, faisant écho à votre intervention en début de Conseil :

– Il ne faudrait pas que l’actualité occulte que cela fait de nombreuses années que les Lyonnais voient leur cadre de vie se dégrader et la peur s’installer parce que les attitudes délinquantes deviennent la norme. Vous avez cité, Monsieur COLLOMB, trois lieux qui vous semblent poser problème sur Lyon : la rue Édouard-Herriot, le Bas des Pentes et la place Gabriel-Péri. Il y a beaucoup d’autres exemples à citer, certains l’ont été, j’en redonne d’autres :

  • les courses de quad et de scooter à Villette Paul-Bert où l’on grille les feux. Je pense qu’ici aussi la verbalisation automatique serait utile  ;
  • Les braquages et vols à répétition dans les commerces  ;
  • Une nouvelle pétition des habitants excédés aux Charmilles à Montchat ;
  • Les trafics, consommation d’alcool et nuisances sonores au square Saint-Michel dans le 7e  ;
  • Des rues, voire des secteurs de notre ville, où des commerces ne respectent pas les réglementations en termes d’horaires d’ouverture ou de vente d’alcool.

Sur la place Gabriel-Péri elle-même que vous avez citée, pas plus tard que samedi, j’ai constaté la présence de la Police municipale. Un équipage de trois agents était au milieu de la foule et tentait de faire revenir certains à un bon comportement, je dois dire qu’il faut saluer leur action. Pour les avoir vus opérer, la tâche n’est pas simple. Il ne faudrait pas non plus se tromper dans le diagnostic sur ce secteur, au-delà de cette place, c’est tout le quartier qui pose problème et qui attend des réponses. Le collectif en colère qui s’exprime actuellement a bien le souhait que nous réglions d’autres problèmes dans les 7e et 3e arrondissements, au-delà de la place Gabriel-Péri. Je ne suis d’ailleurs pas sûr qu’une réponse universitaire soit ce qui est attendu sur place.

  • Deuxième point, Monsieur COLLOMB, c’est votre appel à la concorde civique et le constat de la montée de l’intolérance mutuelle, comme vous le disiez au début de votre intervention. Franchement, l’affaire de l’intrusion dans les immeubles du 2e  arrondissement a fait avec justesse beaucoup de bruit et a suscité beaucoup d’émotion. Il y a bien longtemps que dans d’autres secteurs de la ville certains habitants se gardent de s’exposer pour ne pas subir de représailles. Cet état de fait est inacceptable pour notre République. Quand des groupes spontanés ou des bandes organisées veulent faire régner leur loi, imposer leur système, leurs non-valeurs, ce n’est plus de concorde civique qu’il faut invoquer, mais d’une restauration de l’ordre public, d’un retour de la tranquillité publique, avec les armes du niveau de la menace et des pressions qui s’exercent. Je crois qu’il faut prendre la mesure de ce changement de dimensions que nous connaissons.

L’action de la Ville ne peut se limiter à quelques lieux emblématiques ou à quelques actions coup-de-poing. Monsieur le Maire, je ne pense pas que communiquer votre numéro de téléphone personnel comme vous l’avez fait auprès des personnes concernées comme vous l’avez fait vendredi soit une réponse attendue. Tous les Lyonnais ont besoin d’avoir une réponse, où qu’ils habitent. Il faut une réponse équitable et générale, relevant d’une action à grande échelle et permanente. Une action « puissance 10 » dans tous les lieux qui le nécessitent, cela veut dire une volonté politique implacable, je ne suis pas sûr que votre majorité soit complètement unanime derrière cette volonté, et des moyens au niveau pour les missions de tranquillité publique, y compris en amont. Et cela renoue avec ce dossier, en matière de prévention.

Pour conclure, je voudrais dire que les sujets régaliens comme ceux-là ne sont pas ceux de 2022 comme l’analyse le président Macron, ce ne sont pas les sujets de la prochaine présidentielle, c’est un sujet d’hier qui s’aggrave et dont on attend des réponses maintenant. Les Lyonnais les attendent vraiment.

Je vous remercie.

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