Budget 2020

Retrouvez l’intervention de Stéphane Guilland lors du conseil municipal du 27 janvier 2020 :

Monsieur le Ministre, Mes chers collègues,

En l’absence de Laurence BALAS retenue par ailleurs aujourd’hui, j’interviendrai sur ce débat budgétaire.

Après le débat d’orientations budgétaires de décembre et la présentation par Monsieur BRUMM de ce qui est, il faut bien le dire, votre dernier budget, nous pourrions presque nous interroger sur la nécessité d’intervenir tant, en écoutant votre Adjoint aux Finances, la situation semble parfaite.

Rassurez-vous, là n’est pas notre intention, car il faut quand même que, dans cette assemblée, émerge une part de vérité sur une situation qui n’est pas aussi idyllique que celle à laquelle certains orateurs après moi, peut-être pas tous car les temps changent, vont également essayer de nous faire croire.

Quelques mots sur les dépenses de fonctionnement avant de venir un peu plus longuement tout à l’heure sur l’investissement.

Les charges de personnel, tout d’abord. Quand on fait le bilan depuis votre premier budget, celui de 2002 – je n’étais pas encore sur ces bancs –, on note que, malgré les tours de passe-passe réalisés avec l’externalisation du personnel du CCAS, du personnel de l’École des Beaux-Arts ou des Relations internationales, les dépenses de personnel ont progressé de 36 %, soit 2 points de plus que l’ensemble des dépenses de fonctionnement de notre Ville. Cela démontre l’importance de maîtriser cette dépense et rend d’autant plus incompréhensible la mise en place au début de votre premier mandat d’un régime dérogatoire à la durée légale du travail et votre refus obstiné depuis de revenir dessus pour faire respecter les 35 heures à la Ville de Lyon. C’est donc un premier passif dans votre succession pour le prochain Maire de Lyon, puisque, cette fois, la loi l’obligera à prendre le dossier du temps de travail à bras-le-corps.

Les recettes réelles de fonctionnement ont, elles, connu une progression de 40,20 %. Compte tenu de la baisse importante des dotations – je n’y reviens pas –, il ne faut pas chercher bien loin le biais par lequel vous avez assuré le financement : évidemment, c’est la poche du contribuable.

Toujours sur ces recettes, nous constatons une baisse de budget à budget des recettes de stationnement, les estimations de 2019 ayant été peut-être un peu trop optimistes. Si une des explications avancées en Commission est une baisse du nombre de véhicules qui stationnent, nous croyons, et nous l’avions déjà dit en novembre 2016 lors du passage au forfait post-stationnement, que la capacité de contrôle mise en œuvre dans notre ville est insuffisante. En 2016, nous étions au ratio d’un agent de contrôle pour 450 places, quand la norme est d’un pour 250. Avec l’augmentation du nombre de places payantes, aujourd’hui, ce ratio n’a pas pu s’améliorer.

Mais je l’avais dit, venons-en maintenant à l’investissement. Si les règles de communication en période électorale devraient vous amener à plus de mesure, vous n’hésitez pas à retracer l’évolution de Lyon depuis 2001. Un instant d’ailleurs, nous aurions pu croire que Lyon n’existait pas avant cette date. Heureusement, dans le 5e arrondissement, vendredi, vous avez rappelé que Lyon avait été fondée en 43 avant Jésus Christ par Lucius Munatius Plancus, ce qui a permis de dissiper quelques malentendus sur votre culture de notre ville. Encore que chacun sait que depuis – 43 avant Jésus Christ, il s’est quand même bien passé quelque chose dans cette ville, alors même qu’a priori, vous n’y étiez pour rien.

Passons sur ces raccourcis historiques. Vous vous targuez d’un bon niveau d’investissement avec un endettement mesuré. Pour autant, vous omettez de rappeler que, sur ces 19 années d’investissement, à un niveau moyen de 117 millions d’euros annuels, c’est près d’une année (5 % si j’arrondis) qui aura été financée par la vente importante d’actifs, par le patrimoine des Lyonnais, que vous avez pratiqué pendant notamment votre premier mandat. Je parle bien sûr des actions de la Compagnie nationale du Rhône pour 11 millions en 2003, des dix immeubles de la rue Grolée pour 87 millions en 2004 au hedge fund Cargill, société américaine mise en cause dans la déforestation de l’Amazonie –cela fait un peu tache en ce moment où l’écologie est à la mode – et les actions de la Foire de Lyon pour un peu plus de 22 millions d’euros en 2006. 120 millions d’euros, cela représente avec l’inflation aujourd’hui en euros de 2019 à peu près 150 millions d’euros.

Est-ce bien alors de vendre des actifs pour investir ? Cela peut, effectivement, mais tout dépend, Monsieur le Maire, des conditions de la vente. Quand c’est bradé, ce n’est pas opportun. Pour la rue Grolée, que notre collègue Emmanuel HAMELIN avait rebaptisée l’impasse Collomb en 2013, ce fut un bradage avéré. Je reviens rapidement sur l’historique. En 2006, le fonds spéculatif CarVal Investors en revend une partie – juste les rez-de-chaussée – pour près de 104 millions. En 2013, ADIA, fonds souverain d’Abu Dhabi achète les mêmes pieds d’immeuble pour 90 millions d’euros. Fin 2019, dix mois après votre opération de séduction à Abu Dhabi, tellement convaincu de votre prestation, ADIA revend les commerces pour 300 millions au Crédit Agricole. De 87 millions d’euros, 107 millions en euros 2019, pour la totalité des immeubles, soit 40 000 mètres carrés, on est passés à 300 millions d’euros pour 18 000 mètres carrés. Difficile de dire que c’est de la bonne gestion, puisque la collectivité est clairement perdante dans cette opération. Et, indirectement, on peut aussi dire que vous avez contribué à renchérir le prix de l’immobilier dans ce quartier et dans la ville. Et comme si le suppute un mensuel lyonnais, ce ne sont pas les immeubles mêmes qui ont été vendus mais simplement des actions de sociétés, nous ne récupérerons pas grand-chose côté fiscal. En un mot, pas une belle opération, nous ne vous félicitons pas.

Si encore, Monsieur le Ministre, dans le même temps, le service public avait connu une vraie amélioration, ce n’est pas le cas, malheureusement, et je me limiterai à quelques exemples.

Le premier, et vous savez mon attachement à ce dossier, est celui des piscines. Dans son rapport récent, la Chambre régionale des Comptes pointe un parc vieillissant, une offre faible, rappelant qu’à Lyon, c’est un bassin pour 60 000 habitants contre un pour 20 000 à Paris. Si vous voulez un exemple plus proche, prenez Valence, 63 000 habitants, trois bassins, sans compter le dernier qui vient d’ouvrir, dernier bassin à destination ludique. En 2008, vous aviez promis, outre la rénovation de la piscine du Rhône, la construction de deux nouveaux bassins. Que s’est-il passé ? Rien. Mieux, avec votre dauphin d’aujourd’hui, vous avez fermé en mai 2014 la piscine de Monplaisir dans le 8e arrondissement, emplacement toujours inutilisé aujourd’hui. Le résultat de tout cela est que les créneaux horaires pour le public sont très médiocres et pas nécessairement adaptés. Bien souvent, les lignes d’eau sont réduites, saturées, et cela ne s’apparente pas à de la natation, mais plus à du slalom.

À Noël, pour une ville de 516 000 habitants, seule une piscine municipale était ouverte, Garibaldi la première semaine, Vaise la seconde. Aucune piscine municipale n’est ouverte le dimanche après-midi, hormis celle du Rhône, qui vient de rouvrir après un mois de maintenance. Et comme c’est un bassin extérieur, il est clair qu’il est vivement conseillé d’y aller en périodes de pollution comme hier.

Au fait, Monsieur le Maire, à Valence, vous avez deux bassins intérieurs ouverts le dimanche matin et le dimanche après-midi. C’est accessible en TER et c’est très pratique.

Encore une fois, entre le discours d’une ville sportive et la réalité, on voit sur cet exemple des piscines qu’il y a une très grande marge de progression.

Autre sujet, le scolaire. On voit bien qu’il y a un souci et que vous n’avez pas forcément anticipé des besoins à la hauteur du développement de la population.

Les autorisations de programme pour le scolaire s’élèvent à 240 millions d’euros. Là-dessus, les crédits de paiement, c’est-à-dire les sommes que l’on va effectivement dépenser, sont à 48 % programmés cette année et les suivantes. Pour être plus exact, ce sont 77 millions d’euros, soit 32 %, que votre successeur devra assurer et payer. Pourtant, maintenant que vous êtes devenu tricard à la Métropole – ce n’est pas moi qui le dis, c’est vous – et avez repris la signature des permis de construire, ce n’est pas très compliqué de se rendre compte que, quand on signe des permis pour des T3 et T4 et au-delà, il y a de grandes chances que des familles avec enfants s’installent, d’où un besoin en crèches, écoles, équipements sportifs et équipements de loisirs.

Bref, ce budget nous montre encore beaucoup d’affichage sur des investissements, mais, là encore, ce que vivent les Lyonnais est un peu différent. Ainsi, nous avons encore dans les autorisations de programme 2008-2014 33 millions d’euros de crédits de paiement en attente. 7 millions d’euros sont prévus pour cette année, mais, à la fin 2020, il en restera 26. Sur le milliard d’euros (1,1 milliard d’euros pour être exact) d’autorisation de programme, ce sont 421 millions d’euros de crédits de paiement prévus cette année et les années suivantes, soit plus d’un tiers (38 % toujours pour être exact). Avec un chiffre de 142 millions d’euros pour cette année qui ne sera pas atteint, puisque, sur investissement affiché de 162 millions d’euros, vous prévoyez d’ores et déjà de n’en dépenser que 130.

Je terminerai sur ces investissements en reprenant ce par quoi vous avez conclu vendredi dans le 5e arrondissement, sur le métro. Juste pour vous rappeler qu’en 2014, en réaction à la proposition que nous portions alors depuis un an, vous aviez fait une proposition d’un métro non pas de Part-Dieu Est à Alaï comme vous l’avez dit ce soir-là, mais de Saint-Jean à Alaï. Toujours amusant d’entendre celui qui n’a fait que deux stations de métro en 19 ans, la Soie et Oullins, vouloir désormais ce mode de transport partout. Dans ses études récentes, le SYTRAL va même reprendre une idée de prolongation de la ligne D jusqu’au quartier de l’Industrie, idée que nous portions en 2008. Vous disiez alors : « Je pense que les projets de l’équipe adverse ne tiennent pas la route. » Le Progrès du 26 février 2008. Avez-vous aussi dit cela à Madame BOUZERDA ?

Et puis, Monsieur le Ministre, pour terminer, comment ne pas évoquer l’Anneau des Sciences, ex-TOP (tronçon ouest du périphérique). Le 14 décembre 2000, dans Le Progrès, à la question « faut-il réaliser le TOP et doit-il être payant ? », quelqu’un répondait : « Il faut faire le TOP, on ne peut pas imaginer que le tronçon nord débouche du Valvert dans une espèce de no man’s land. Pour réaliser le TOP, il faut trois conditions, la première, c’est qu’il soit très largement enterré, la deuxième, c’est qu’on ne multiplie pas les entrées pour ne pas saturer les abords, la troisième, c’est qu’il soit gratuit. S’il ne l’est pas, il faudra des emprises de stockage des véhicules pour permettre le péage, cela consomme beaucoup d’espace. À terme, on sera bien obligés de faire la gratuité du périphérique nord, ce qui veut dire qu’une des premières tâches des élus » – nous sommes en 2000 – « sera de discuter avec le gouvernement des modalités de financement. Il n’est pas normal que la France finance toutes les grandes infrastructures de transport à Paris et qu’il n’y ait rien pour les grandes agglomérations. » Ce quelqu’un, Monsieur le Ministre, c’était vous, vous le savez. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ? Pas grand-chose. Rebaptisé le TOP Anneau des Sciences, c’est vrai, et aujourd’hui, vous promettez de nouveau sa réalisation sur un tracé qui date des années 90, comme si l’agglomération n’avait pas évolué, alors que vous dites le contraire comme encore tout à l’heure.

Il ne nous semble pas que Lyon ait pris un temps d’avance avec vous et, dans certains domaines, ce sont, vous l’avez compris, mes chers collègues, plutôt des temps de retard. C’est la raison pour laquelle, une fois encore, nous ne voterons pas ce budget.

Je vous remercie.

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