Budget primitif 2018

Intervention de Laurence Balas lors du conseil municipal de Lyon du 18 décembre 2017 à l’occasion du vote du budget primitif 2018


Monsieur le Maire, Chers collègues,

Nous avions vu lors du débat d’orientations budgétaires que, cette année encore, l’effet ciseaux était évité de justesse, avec le plan Marges de Manœuvre et que le principe désormais bien installé de la navigation à vue dans la gestion financière de notre Ville se poursuivait.

De plus, au niveau national, malheureusement, ce qui devait être simple au départ s’est beaucoup complexifié. De nombreuses incertitudes demeurent encore sur la loi de finances.

Pour en rajouter encore une couche, la comparaison de budget à budget s’avère également cette année particulièrement complexe, tant les retraitements comptables sont nombreux. Il y en a chaque année, mais cette année spécialement, avec le forfait post-stationnement, le CCAS, les cimetières, l’Opéra, dans tous les domaines.

Encore une fois, votre plan Marges de Manœuvre se résume à une hausse des recettes et quelques moindres hausses de dépenses. Ainsi, sur vos 7,6 millions d’euros d’économies annoncées, la moitié sont des recettes supplémentaires. Et, sur ces recettes supplémentaires, 80 % proviennent des effets attendus de la nouvelle politique de stationnement, soit un peu moins de 3 millions d’euros, et, sur ces 3 millions d’euros, plus de 700 000 euros seront issus de la vignette résident désormais payante. Et il nous semble même que vous avez minoré cette recette, car, sur la base du nombre de vignettes existantes, la somme serait plutôt de 1,7-1,8 million d’euros. C’est donc une véritable taxe sur les automobilistes, en particulier pour les habitants logés dans des immeubles anciens, qui n’offrent pas de possibilité de parking physique.

Je citerai aussi dans les hausses de recettes les hausses de tarif de la restauration scolaire, la hausse des redevances des terrasses. Chaque année, il y en a de nouvelles.

Pour les moindres hausses de dépenses, 3,8 millions d’euros aussi, ce sont des économies qui restent assez largement conjoncturelles, comme souvent. 333 000 euros d’économies réalisées parce qu’il n’y a pas d’élection cette année. C’est un bel effort, malheureusement, en 2019, il y aura des élections européennes. Dans le domaine culturel, la diminution de la subvention aux Nouvelles Subsistances reste le point essentiel, comme si cet établissement portait la politique culturelle de la Ville à lui tout seul et qu’il n’y avait aucune autre rationalisation à attendre dans d’autres établissements ou manifestations. Enfin, si, il y en a une quand même : « Tout l’monde dehors », qui voit également son budget fortement réduit (près d’un tiers), sans que nous comprenions vraiment pourquoi elle plutôt qu’une autre, alors même qu’elle nous est présentée depuis des années comme un élément fort de lien social et d’animation dans les quartiers de notre Ville. Nous ne savons donc pas très bien pourquoi.

Nous sommes heureux de lire que les subventions aux crèches sont calibrées sur la base, je cite, « des besoins réels des structures. » Il est vrai que j’aime beaucoup cette formule. Je l’approuve, même si je trouve étrange que cela ait l’air d’une nouveauté pour vous. Nous aurions aimé que vous puissiez la découvrir il y a déjà quelques années.

Encore un dernier point, Monsieur le Maire, qui peut paraître un détail, mais qui peut peut-être être utile, concernant vos marges de manœuvre, nous avons noté dans votre rapport qu’en 2016, année préélectorale, 81 350 personnes ont été reçues à l’Hôtel de Ville contre 53 316 l’année précédente, avec notamment 465 réceptions contre 392 l’année précédente. Alors, cette hospitalité qui vous honore ou plutôt honore votre prédécesseur, nous aimerions être certains qu’elle sert vraiment les Lyonnais, qu’il n’y a pas là de source d’économies. Sous le mandat précédent, notre demande d’un état annuel des voyages avait conduit comme par miracle à une baisse du montant de ces derniers. Ici, ce n’est non pas sur le nombre, mais sur l’objet de ces réceptions que nous aimerions vous questionner.
Hormis ces éléments du plan Marges de Manœuvre, des interrogations non négligeables subsistent. Alors, j’évoquerai pour la énième fois la question du temps de travail, dont beaucoup de collectivités se sont saisies ces derniers mois. C’est un sujet tabou à Lyon. Encore une fois, un peu de courage, Monsieur le Maire ! Parvenir à un temps de travail de 1 607 heures annuelles, qui est une obligation, je le rappelle, légale depuis de nombreuses années, donc 1 607 heures annuelles pour tous, mais également s’interroger sur des pratiques désuètes, qui, pour certains, pourraient fleurer bon l’Ancien Régime, comme le Jour du Maire. S’interroger sur ces pratiques fait partie des réflexions indispensables aux collectivités aujourd’hui, pour justement retrouver des marges de manœuvre, sans mettre en danger ni les agents ni les missions que la Ville exerce pour les usagers.
D’autre part, vous avez bâti votre budget sur la situation actuelle en matière de rythmes scolaires. Pourtant, 40 % des communes sont déjà revenues en arrière, dès la première année, sur l’ancien système. C’est donc une probabilité qui n’est pas négligeable et vous n’en avez pas tenu compte. Les échos pourtant tant des réunions publiques que de votre forum Internet montrent qu’une évolution sera indispensable. Monsieur l’Adjoint à l’Éducation vient de mener une consultation, non pas une concertation, mais une consultation, avant d’envisager la suite, d’où cette difficulté, j’imagine, à chiffrer un quelconque impact, mais les répercussions seront inévitables sur le budget 2018. Par exemple, si des animateurs ne devaient pas voir leurs contrats renouvelés, quelles conséquences en matière de chômage, puisque la Ville est son propre assureur ?

Enfin, sur les investissements, de vraies questions perdurent toujours dans le domaine de l’Éducation. La poursuite du dédoublement de certaines classes primaires dans les zones prioritaires à la rentrée prochaine n’est pas abordée. La réponse qui nous a été faite en Commission a été plutôt : « On verra bien, on se débrouillera. » Mais vous ne pourrez pas éternellement transformer des salles existantes, ou, alors, à un moment, ce sont les murs qu’il faudra repousser.

À l’heure où vous souhaitez faire bénéficier la Métropole de votre Observatoire des évolutions démographiques, peut-être serait-il urgent de prendre en compte ces mêmes évolutions démographiques pour la Ville de Lyon. La priorité est désormais de construire de nouveaux groupes scolaires, vous l’avez dit, mais vous aviez pris du retard dans ce domaine. Il convient donc d’accélérer maintenant pour essayer de suivre les constructions de logement. Mais la rénovation de groupes scolaires, qui, pour certains, en ont beaucoup besoin, est remise à plus tard. Choisir des priorités, c’est ce qui n’a vraiment jamais été fait chez vous. La technique du saupoudrage reste toujours la plus utilisée. L’Éducation doit être, il nous semble, une priorité dans notre pays comme dans notre Ville.

Pour conclure, je dirais que oui, grâce à l’arrêt de la diminution des dotations de l’État, à une politique tarifaire agressive dans tous les domaines, à des frais financiers en baisse (mais cela est dû à la persistance de taux d’intérêt très bas), votre épargne brute est en hausse, mais nous ne savons toujours pas vraiment où vous voulez nous emmener. J’ai noté, Monsieur BRUMM, que vous parliez de nouvelle dynamique pour cette année 2018. J’avoue qu’elle reste assez mystérieuse pour nous. Nous voterons contre ce budget cette année encore.

Merci.

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