Budget primitif 2019

Retrouvez l’intervention de Laurence BALAS lors du Conseil Municipal du 17 décembre 2018 sur le Budget primitif 2019.

Monsieur le Maire, Chers collègues,

Depuis 2010, vos présentations budgétaires se succèdent et se ressemblent.

La maximisation des recettes a été votre outil principal face à une croissance constante des dépenses de fonctionnement (+ 2,2 % par an entre 2009 et 2016) et également peu à peu face à une baisse des dotations de l’État. Elles sont stabilisées pour l’instant, mais les récentes annonces de celui que vous avez contribué à porter au pouvoir ne nous laissent pas sans crainte. D’ailleurs, votre ancien collègue en charge des Comptes publics annonçait déjà dans la presse il y a dix jours un budget rectificatif sur les finances locales au printemps.

Plutôt que de repenser votre dépense, comme nous vous le demandons année après année, vous avez préféré recourir principalement à l’augmentation des recettes.

Une étude récente montre que les maires ont pallié la baisse des dotations essentiellement par une hausse de leurs ressources fiscales, mais finalement assez peu par une stratégie nouvelle en termes de dépenses. Vous êtes de ceux-là.

Déjà, avant la crise de 2008, sous votre premier mandat, par facilité, vous avez utilisé les ventes d’actifs (je ne reparlerai pas du quartier Grolée ou des actions de la CNR) et les hausses d’impôts, puis, après la crise de 2008, par nécessité en l’absence d’autres mesures, vous avez encore utilisé le levier fiscal. C’est votre méthode, la méthode Collomb.

« Cela ne fera que quelques euros de plus », disiez-vous en parlant des hausses pour les cantines, pour la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, du stationnement. Ce sont ces quelques euros de plus que nos concitoyens ne supportent plus.

Je cite un article des Échos du 13 décembre dernier intitulé « Cette crise du pouvoir d’achat qui couvait depuis 10 ans ». En effet, depuis 10 ans, les prélèvements obligatoires sur les ménages ont augmenté de 52 milliards d’euros. Dans le même temps, le déficit structurel de l’État n’a pas disparu et il va dépasser les 100 milliards en 2019. Les ménages, et surtout les classes moyennes, ont l’impression qu’on leur demande de payer toujours plus sans avoir davantage de services en face, ni de perspectives d’avenir en termes d’emploi notamment.

Alors, rien ne sera plus comme avant, a dit lundi dernier votre ex-protégé, le Président MACRON.

En effet, une réflexion de fond est nécessaire. Les citoyens doivent savoir à quoi servent leurs impôts. Les élus ont un rôle pour l’expliquer. Les collectivités et l’État doivent aussi se poser des questions de bonne gestion, comme toute organisation économique.

Lyon comme la Métropole, je l’ai déjà dit, ne vivent pas sous une cloche hors du reste du pays et les hausses de taxes décidées ici s’ajoutent bien à celles décidées nationalement. Et donc, à votre échelle, Monsieur le Maire, vous contribuez à ce ras-le-bol. C’est la théorie du ruissellement, non pas le ruissellement des richesses, mais celui des taxes ! Ainsi en est-il cette année de la hausse des tarifs d’occupation pour les chantiers de construction que vous venez d’augmenter de 6 %. C’est aussi votre refus d’adopter notre amendement lors du dernier Conseil pour demander à la Métropole d’accompagner financièrement celles et ceux qui devront changer de véhicule pour se mettre en conformité avec la zone à faibles émissions. Voilà des charges supplémentaires qui vont ruisseler et, in fine, entamer le pouvoir d’achat des Lyonnais. Comment ne pas citer également la hausse tarifaire des transports en commun pour, non pas une année, mais les deux années à venir ?

Tout cela mis bout à bout, vous avez une partie de l’explication à la crise actuelle.

Je me souviens aussi d’un fonctionnaire de la Ville, à qui je demandais, au moment de la fermeture définitive de l’Internat Favre, pourquoi ne pas avoir amélioré la gestion plus tôt pour éviter d’en arriver là et qui m’avait répondu : « parce que, jusqu’ici, on avait les moyens », sous-entendu, on ne cherchait pas à se remettre en cause, ni à faire des économies. Le bouton fiscal était tellement plus facile !

La baisse des dotations et puis surtout la contractualisation avec l’État auront eu au moins un mérite, celui de vous faire ouvrir les yeux et de vous obliger à vous interroger sur les dépenses.

En deux ans, vous avez ainsi trouvé 651 000 euros à économiser sur les subventions aux crèches et 550 000 euros en 2019 sur les frais de maintenance, en vous adaptant d’un côté aux besoins réels et de l’autre en reprenant la consommation constatée des crédits des années précédentes. Que ne l’avez-vous fait plus tôt ?

Mais il est un sujet sur lequel vous restez systématiquement muet, c’est celui des 35 heures.

Monsieur le Maire, il est plus que temps que vous vous mettiez en conformité avec les obligations légales en matière de durée du travail de 35 heures par semaine, soit 1 607 heures par an ! Nous vous le répétons à longueur de budget, de compte administratif. Vous êtes toujours muet là-dessus. Aurez-vous le courage d’agir avant la fin de ce mandat ?

Un mot enfin sur l’investissement. Si nous sentons une montée en régime du côté scolaire – vous avez bien insisté là-dessus –, elle répond surtout à une prise de conscience tardive des besoins. Si les crédits de paiement dans ce domaine sont de 31 millions d’euros pour 2019, soit 15,5 % des autorisations de programme correspondantes, vous laissez encore 74 millions d’euros pour les années 2020 et suivantes. Et, sur l’ensemble des autorisations de programme en stock, plus de 30 % de leurs crédits de paiement sont prévus sur 2020 et au-delà.

L’année 2019 sera donc encore une fois une année d’ajustements, mais pas de mise en place d’une véritable stratégie comprenant à la fois la maîtrise de la masse salariale, la redéfinition des périmètres et des modes d’intervention que notre Ville assure, et, enfin, une transformation accélérée des services publics rendus. Ce sont pourtant les axes de réforme que pratiquent les collectivités innovantes, et il y en a quelques-unes qui font ce cheminement.

Nous apercevons désormais la fin du mandat. Les choses ne bougeront plus. Vous êtes contents de vous, mais cette autosatisfaction nous semble plutôt donner l’impression d’arriver au bout d’un cycle, sans ambition, sans vision pour le futur. Ce budget primitif 2019 est sur ce point dans la continuité de ce que nous avons vu jusqu’ici et nous ne l’approuverons donc pas.

Je vous remercie.

Partager sur :Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Share on FacebookEmail this to someone