Circulation et stationnement des trottinettes électriques

Retrouvez l’intervention de Pierre Bérat lors du conseil municipal du 25 mars 2019 à propos de la circulation et du stationnement des trottinettes électriques :

 

Merci, Monsieur le Maire.

Notre Conseil municipal doit se prononcer sur l’adoption d’une charte de bonne conduite pour les activités de location de trottinettes en libre-service sans station dans notre ville.

Cette charte se fait, comme cela a été souligné, dans l’urgence, confère les modifications de dernière minute. Elle sera sans doute temporaire, puisque la loi d’orientations sur les mobilités devrait venir opportunément fixer des règles pour les nouveaux véhicules électriques individuels, comblant, nous l’espérons, les vides juridiques, en empêchant notamment clairement la circulation sur les trottoirs.

Je voudrais dire à Monsieur SÉCHERESSE que, contrairement à ce qu’il a dit, il y a déjà un texte qui existe. Il dit que l’on ne sait pas pour l’instant quelles sont les dispositions. Il y a effectivement un projet de loi en discussion avec certaines dispositions.

Il faudra prendre en compte les nouveautés de cette loi dans les prochains mois, mais nous comprenons qu’il faille dans l’urgence essayer de réguler les choses, puisque cette phase d’adolescence dans le déploiement de trottinettes crée des difficultés. L’anarchie de leur stationnement est une gêne importante pour les piétons, notamment pour les plus vulnérables comme cela a été dit.

Le groupe des élus LR et apparentés votera cette délibération, même si la charte est perfectible, comme je vais l’évoquer, et nous veillerons aux améliorations lorsque le cadre juridique sera stabilisé.

Ceci étant dit, je voudrais exprimer quelques convictions sur les nouveaux véhicules électriques individuels. Je crois qu’il faut être conscient qu’il s’agit d’un phénomène social marquant, dont l’essor va se poursuivre car il répond à un besoin et une envie de déplacement urbain, avec notamment l’efficacité dans les déplacements de point à point.

Ils peuvent contribuer aux enjeux de la mobilité durable. Et on peut d’ailleurs se demander si les solutions de mobilité basées sur des stations fixes comme les stations Vélo’v ne font pas déjà partie de l’ancien monde.

Deuxième conviction, avec cet essor, il semble logique que les opérateurs et les utilisateurs assument les coûts consolidés de l’activité. Cela a été dit. Cela veut dire qu’il faut prendre en compte l’occupation du domaine public et que leur modèle doit aussi être compatible avec le développement durable. La durée de vie des trottinettes est très réduite. Des stocks d’épaves sont en train de se constituer. Il faut donc intégrer d’emblée une approche de recyclage. Cette approche économique globale devrait stabiliser le marché et limiter le foisonnement d’opérateurs peu viables. Vous avez évoqué le nombre d’opérateurs qui demandent à rentrer. On peut penser que le jour où nous serons dans une approche économique globale, on devrait avoir un foisonnement un peu moins important.

Troisième conviction relative au stationnement qui est bien le problème majeur de cette phase d’adolescence du déploiement des trottinettes en free floating. Nous ne pouvons effectivement continuer à voir des engins abandonnés n’importe comment au milieu des trottoirs, devant des passages piétons ou des entrées de domicile.

La tentation rapide et administrative face à cette anarchie est de vouloir délimiter des zones de stationnement autorisées. C’est une solution à regarder, mais elle pose aussi question. Juridiquement, qui sera responsable d’un stationnement hors zone ? L’opérateur, le dernier utilisateur ou la personne qui s’amuse à déplacer la trottinette sans la déverrouiller ? Cela pose une vraie question.

Par ailleurs, si l’on contraint le stationnement dans quelques zones, dans la logique de Vélo’v, on enlève l’atout de la souplesse et de l’efficacité à ces solutions et on pénalise de nouveau les habitants qui n’habitent pas les centres de quartier.

En tout cas, si zones de stationnement il doit y avoir, il faudra veiller à un maillage très dense de ces zones, ce qui représente un gros chantier.

Mais ne faudrait-il pas ouvrir un peu le débat ? Une fois de plus, parce que certains usagers font preuve de négligence, de manque de civisme, voire d’une bêtise crasse, faut-il dégrader le service pour tous les usagers ?

Pour ma part, je souhaite que l’innovation et les nouvelles technologies soient mises à profit au maximum pour responsabiliser l’utilisateur. Il faut qu’elles permettent, ces technologies, de constater les usages inappropriés et que ces constats pénalisent les usagers indélicats. Il faut inciter les opérateurs à développer ces solutions et je pense que la charte pourrait à l’avenir développer ce point pour qu’une innovation puisse se faire.

Je voudrais terminer en disant que, dans le malaise sociétal que nous avons connu et l’origine du mouvement des gilets jaunes, je pense qu’il y avait aussi un peu un ras-le-bol face à la punition collective, la punition de classe si vous voulez. Je pense notamment aux 80 kilomètres par heure. Les exemples sont nombreux où l’on se rend compte que l’on est obligé de réglementer parce qu’il y a un certain nombre de comportements déviants.

La collectivité n’est pas capable d’assurer la tranquillité publique dans les squares de proximité, on enlève les bancs, pénalisant tous ceux qui veulent s’asseoir dans ces espaces publics.

La boîte de nuit à ciel ouvert des berges du Rhône pose des graves problèmes la nuit en termes d’ivresse. Vous ne pouvez plus maintenant le week-end, quand vous pique-niquez avec des amis, boire votre verre de rosé. C’est comme cela.

Est-ce que, demain, parce que des gens traversent la rue en téléphonant, il faut interdire de téléphoner dans la rue ?

Voilà, je pense qu’il y a des limites. Demain, parce que certains utilisateurs de trottinettes sont des goujats, est-ce qu’il faut que tous les utilisateurs parcourent des centaines de mètres pour déposer leurs trottinettes ? Ce n’est pas simplement une question administrative et technique, je pense que cela pose un vrai problème politique et de responsabilité, et de la façon dont on sanctionne les comportements déviants.

Je vous remercie.

Partager sur :Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Share on FacebookEmail this to someone