Compte administratif 2018

Retrouvez l’intervention de Laurence Balas lors du Conseil municipal du 20 mai 2019 :

Monsieur le Maire,

Mes chers collègues,

Quelques remarques en introduction.

Je m’étonne encore une fois que vous ayez présenté ce compte administratif 2018 à la presse, le 29 avril, avant même qu’il ne le soit aux élus de la Commission Finances. Votre Adjoint a cherché des excuses de calendrier, mais quand même, après le 30 avril, date de la Commission, et avant le 20 mai, date de ce Conseil, vous pouviez trouver un créneau dans votre emploi du temps, certes très chargé, pour le faire.

Lors de cette même conférence de presse, vous êtes allé jusqu’à engager la Ville sur ses taux d’imposition au-delà de l’élection de 2020. Je dis bien la Ville, puisque c’est ainsi que votre communiqué de presse était rédigé.

Alors juste une question, Monsieur COLLOMB : vous souvenez-vous que, dans les pays démocratiques, il y a une étape qui se nomme élections, élections municipales en l’occurrence, et pour lesquelles vous n’êtes même pas d’ailleurs clairement candidat pour le prochain mandat, ayant clairement, pour le coup, affirmé que votre intérêt se porte désormais davantage à la Métropole et non plus à la Ville, ce que les Lyonnais apprécieront certainement ?

De la part d’un ancien ministre de l’Intérieur, cette attitude est pour le moins étonnante.

Mais le plus incroyable, et Luc LAFOND en a parlé, c’est que vous vous érigez aujourd’hui en héraut de la stabilité fiscale. Je dirais que c’est pour le moins culotté, j’ose le dire, de la part de quelqu’un qui, après avoir promis 0 % d’augmentation en 2001 et 4 % en 2018, aura finalement augmenté de + 16 % la taxe d’habitation et de 20 % la taxe foncière sur ses 19 années de mandat.

Dernière remarque préliminaire, grâce à la loi NOTRe, loi que vous avez suivie au Sénat, nous bénéficions aujourd’hui de 70 % de pages en plus dans les documents budgétaires qui nous sont transmis, oui, mais avec des informations importantes en moins, comme le montant des aides en nature apportées aux associations qui a disparu des comptes. C’était pourtant un élément essentiel pour la bonne compréhension de votre politique à l’égard des associations. Il y a plus de papier donc, mais moins d’informations utiles. C’est sûrement le progrès vers la transparence chère à Monsieur BRUMM.

Alors, vous nous avez transmis ces informations depuis, mais il faut donc les demander en plus de l’épais document déjà fourni. Les associations, ce sont quand même 66 millions d’euros de subventions, mais 33 millions d’euros d’apports en nature. C’est quand même un élément important.

Mais revenons à ce compte administratif 2018.

Alors, oui, Monsieur BRUMM, vous nous dites encore une fois que vos résultats sont magnifiques, encore plus beaux que les années précédentes et que tous les clignotants sont au vert.

Des recettes réelles de fonctionnement qui bondissent de plus de 3 % grâce encore une fois à des rentrées fiscales, ici les droits de mutation, encore une fois en forte hausse (+ 18 %, + 6,5 millions d’euros), ce qui se traduit surtout par la cherté de l’immobilier à Lyon, synonyme d’un exode progressif des classes moyennes vers des contrées plus accueillantes en termes de logement et de cadre de vie.

Recettes en hausse également grâce à des redevances de stationnement en progression notable (+ 47 %, 8 millions d’euros supplémentaires).

Également grâce à des cessions foncières : 7,5 millions d’euros cette année, qui sont aussi devenues une forme de recettes depuis – cela remonte déjà à quelques années – le bradage de la rue Grolée et les actions de la CNR. En réalité, ce sont plus de 107 millions d’euros de plus-values de cession immobilière en 18 ans que la Ville a collectés. Enfin, un jour, il n’y aura plus rien à vendre pour compenser une gestion parfois pas assez rigoureuse.

Rien à voir donc avec une bonne gestion proprement dite.

On y arrive, je vais aborder maintenant le côté des dépenses.

Alors, on constate, c’est vrai, cette année, un recul de 0,9 % des dépenses réelles de fonctionnement, mais quand même d’un tout petit 0,4 % pour les dépenses de gestion.

Alors, c’est vrai, c’est vrai que c’est la première fois que les dépenses de gestion sont en léger, très léger repli, mais sans la contractualisation, qui a encadré la hausse de vos dépenses, rien de tel ne se serait sans doute passé.

Une obligation, qui, si vous vous l’étiez imposée il y a déjà de nombreuses années, vous aurait permis d’éviter d’augmenter les impôts.

Merci aussi au rétablissement du jour de carence par le gouvernement, qui vous a fait économiser 676 000 euros en 2018.

Car lorsque l’on voit où vous dites avoir réalisé des économies, cela laisse songeur. Beaucoup d’éléments conjoncturels, comme le fait qu’il n’y a pas eu d’élection en 2018. Mauvaise nouvelle, il y en a en 2019. Et d’autres actions, certes louables, mais que ne les avez-vous pas faites il y a déjà longtemps, comme renégocier les marchés de l’énergie ou les marchés des assurances, mieux gérer l’entretien des espaces verts ou diminuer les actions à l’international ?

On a en fait l’impression que vous apprenez peu à peu la façon d’optimiser la gestion d’une collectivité. Mais bon, avec 18 ans d’opposition, 5 ans de maire d’arrondissement, 18 ans comme Maire de Lyon, l’apprentissage est un peu longuet.

Comme chaque année, la question des ressources humaines reste survolée, même si de nombreuses pages y sont consacrées. Le report du nouveau régime indemnitaire y est même salué comme source d’économies ou de moindres dépenses plus exactement, mais on a vu un peu plus tôt que des 750 000 euros économisés en 2018, il faudra finalement compter avec près de 2 millions d’euros pour le compte administratif 2019 que présentera votre successeur.

Le temps de travail, les 35 heures, encore et toujours rien ! Je pense que Lyon va être la dernière commune de France à ne pas s’y attaquer. Mais, encore une fois, peut-être est-ce saugrenu de demander à un ancien ministre de l’Intérieur de respecter la loi ? Nous, nous ne le pensons pas et vous présenterons un vœu en ce sens à la fin du Conseil. Il est d’autant plus d’actualité que les députés ont voté vendredi soir un amendement obligeant les collectivités et l’État au respect de la loi. Je trouve d’ailleurs cette formulation un petit peu curieuse : les députés obligent l’État et les collectivités à respecter la loi.

Enfin, si vous avez commencé à comprendre ce que toute entreprise bien gérée sait depuis longtemps, avoir une gestion au jour le jour au plus juste, il manque cependant deux choses :

  • Une vision du futur. Aujourd’hui, vous nous parlez de climat. Vous signez un Appel des Maires, alors que vous avez encore réalisé il y a peu un îlot de chaleur formidable devant le Palais de Justice, véritable aberration climatique. Vous avez délivré des permis de construire sans prévoir les équipements publics nécessaires (crèches, écoles, stades, piscines, MJC). Vous l’avez même reconnu aux vœux du 9earrondissement, par exemple, où vous avez reconnu que l’école Antonin Laborde, inaugurée pourtant en septembre 2014, était déjà saturée et qu’il fallait prévoir un autre équipement. Et vous avez même précisé qu’il fallait dorénavant commencer par les équipements publics avant de faire sortir les logements de terre. C’est une sage résolution.
  • Il vous manque aussi une vision métropolitaine. Vous nous aviez vendu, Monsieur COLLOMB, une métropole source d’optimisation et d’efficacité pour les communes, notamment pour Lyon, source d’économies pour nos concitoyens. Sur ce sujet, à part des hausses d’impôt déjà citées, à la Ville, mais aussi à la Métropole, les Lyonnais n’ont rien vu de vraiment concret depuis 2015. En témoigne le tout petit tableau de transfert de compétences, page 10 dans le rapport du Maire, qui montre bien que les transferts les plus importants, et néanmoins modestes, datent de 2005, 2006, 2010, en tout cas avant la création de la Métropole. La question des équipements métropolitains reste également entière. Prenons le Théâtre des Célestins, par exemple. 50 % de son public est lyonnais, 30 % métropolitain, et pourtant, la subvention d’équilibre de la Ville est de 5 millions d’euros alors que celle de la Métropole n’est que de 260 000 euros, et elle a constamment baissé depuis 2015. Je pourrais parler aussi de l’Opéra ou de l’ONL. Le rapprochement des Antennes Solidarités du CCAS et des Maisons de la Métropole va dans le bon sens, mais nous attendons toujours une évaluation pour en juger de manière plus précise.Alors, vous voyez, Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire, vous allez donc terminer ce mandat avec une situation financière que certains pourraient percevoir comme saine et un niveau d’endettement raisonnable, mais, encore une fois, nous pensons que vous n’avez pas préparé l’avenir de notre Ville. C’est pourquoi nous voterons contre ce compte administratif.

 

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