Forfait post stationnement, un aveu d’impuissance

Intervention de Emmanuel Hamelin lors du conseil municipal du 23 octobre 2017 à propos du Forfait Post Stationnement

Retrouvez l’amendement déposé par notre groupe ici

 

Merci, Monsieur le Maire.

Voilà une délibération qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et qui va probablement encore faire polémique.

Pour être plus clair vis-à-vis des automobilistes lyonnais concernés par cette mesure, j’apporterai d’abord quelques précisions. Comme vous l’avez indiqué, c’est la loi MAPTAM du 27 janvier 2014 qui a instauré la dépénalisation de l’amende de police, et qui a entraîné un nouveau mécanisme, le forfait de post-stationnement (le fameux FPS). En d’autres termes, le non-paiement à l’horodateur ne sera plus considéré comme une infraction pénale, mais comme – je cite le texte – « un choix de l’usager de préférer s’acquitter d’une redevance », le FPS dont nous parlons aujourd’hui et dont le montant est fixé librement par les municipalités.

Les mots sont importants, car l’automobiliste qui arrivera 5 minutes en retard pour payer son horodateur, en se référant au texte de loi, l’agent verbalisateur sera en droit de lui dire : « Désolé, je n’y peux rien, c’est vous qui avez préféré vous acquitter d’une redevance. » C’est toute la poésie des textes de loi.

Plus sérieusement, nous avons entendu vos arguments, Monsieur SÉCHERESSE, pour justifier le passage de 17 à 60 euros dans le centre de Lyon. Beaucoup d’automobilistes ne paient pas leur stationnement, ce qui n’est pas normal. 17 euros, ce n’est pas assez dissuasif. Nous sommes d’accord. Il faut que les automobilistes lyonnais trouvent plus facilement des places de parking, notamment en centre-ville. Nous sommes d’accord aussi. Cependant, Monsieur le Maire, le problème est que, face à ces arguments, nous aurions été favorables à une augmentation raisonnable, comme l’ont fait d’ailleurs plusieurs de vos collègues de grandes villes. Vous en avez cité quelques-uns : Nice, 16 euros, Lille ou Marseille, 17 euros, Nantes ou Bordeaux, 35 euros, jusqu’à 50 euros pour Paris. Dans ces villes – vous l’avez précisé également –, le choix a souvent été fait d’avoir des séquences plus courtes, alors qu’à Lyon, vous avez fait le choix d’une seule séquence de 10 heures, avouant ainsi votre incapacité à contrôler sérieusement le stationnement. La sanction de la fraude, c’est bien, mais le contrôle de la fraude, c’est mieux.
Ainsi, que l’on dépasse de 5 minutes ou de 5 heures la durée du stationnement, ce sera 60 euros à Lyon, ce qui est injuste et peu efficace. Le passage de 100 agents de contrôle à 125 ou 130 n’est évidemment pas à la hauteur de l’enjeu, compte tenu du déploiement des zones payantes. Bref, à 60 euros, nous sommes les champions de France.

Je sais que vous aimez régulièrement vous enorgueillir des places de leader de notre Ville dans bien des classements, et nous en sommes, comme vous, très fiers. Néanmoins, sur le prix de l’amende de stationnement, très sincèrement, nous nous en serions bien passés, et je pense que les automobilistes lyonnais aussi.

Je vous livre une autre version, pour justifier ce passage de 17 à 60 euros, qui n’est pas à nos yeux une augmentation, mais une véritable explosion. Vos gouvernements ont décidé de baisser les dotations de l’État aux collectivités de manière drastique depuis 2014. En juillet dernier, c’est une baisse supplémentaire de 300 millions d’euros, qui a été annoncée, pour inciter les collectivités locales, je cite, « à mieux maîtriser leurs dépenses. » Je sais que, sur le sujet, Richard BRUMM a déjà dépensé beaucoup d’énergie, mais il faut bien l’avouer : ce n’est pas grâce à lui que de nouvelles économies seront réalisées, mais grâce à cette délibération, qui va remplir les caisses de la Ville au détriment des automobilistes lyonnais.

En d’autres termes, l’État vous demande de faire des efforts, et, au lieu de cela, vous allez demander des efforts aux automobilistes lyonnais. La démarche est habile, mais les Lyonnais ne sont pas dupes. Une étude du GART a d’ailleurs démontré que cette réforme de stationnement allait faire doubler les recettes de stationnement, au profit maintenant des villes. Cette nouvelle loi dans un environnement de vaches maigres se transforme donc en véritable aubaine pour les finances de la Ville, sans compter les vignettes de stationnement, qu’évoquera ensuite Stéphane GUILLAND.

Comme je vous l’indiquais précédemment, nous n’aurions pas été opposés à une augmentation raisonnable de l’amende de stationnement, mais si vos objectifs sont de permettre de mieux rouler en ville, de diminuer la place de la voiture dans les centres urbains, je vous fais également d’autres suggestions. Nous l’avons dit à de nombreuses reprises ici, les pics d’encombrement et de pollution se font principalement en début et en fin de journée. Les voitures qui viennent de l’extérieur rentrent dans la ville, car, dès 7 heures du matin, les parcs relais sont saturés. Est-ce normal ? Ne serait-il pas judicieux de mener enfin une véritable politique en la matière, pour développer ces parcs relais aux entrées de ville, et ainsi réduire le nombre de voitures qui entrent dans notre agglomération.
Vous avez fait le choix de développer les modes alternatifs de transport en surface (les tramways, les voies cyclables, etc.), réduisant de ce fait la place de la voiture. Cela entraîne logiquement une augmentation des embouteillages, et par voie de conséquence de la pollution. Il serait peut-être temps de reprendre un véritable Plan métro dans notre ville, ce qui reste aujourd’hui, nous le savons, la meilleure alternative à la voiture, comme le font beaucoup d’agglomérations, même si – j’en conviens – l’investissement est un peu plus élevé, mais, sur la durée, il est beaucoup plus rentable.

Vous le voyez, notre opposition est constructive, et nous avons la conviction que, comme nous, les automobilistes lyonnais n’adhèrent pas à votre délibération, qu’ils jugent excessive. Ils ne veulent pas être les vaches à lait ou la variable d’ajustement de vos aléas budgétaires.

Pour toutes ces raisons, nous vous proposons d’amender cette délibération, en la rendant un peu plus raisonnable, en créant un seul FPS de 35 euros pour toute la ville, et en restant sur une séquence de 10 heures en zone Tempo, mais en instituant deux séquences de 5 heures en zone Presto. En cas de rejet de cet amendement, bien évidemment, notre groupe votera contre votre délibération.

Nous allons vous faire passer l’amendement en question, qui est assez simple

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