G.Collomb, Maire de Lyon, Acte IV

Intervention de Stéphane Guilland lors du Conseil municipal du 5 novembre 2018
G.Collomb, Maire de Lyon, Acte IV


Monsieur le Maire,

Après cette quatrième élection comme Maire de Lyon, et selon l’usage, permettez-moi de vous adresser en mon nom et au nom de l’ensemble des élus Les Républicains et apparentés-Ensemble pour Lyon nos félicitations républicaines.

Je tenais à y associer Georges KÉPÉNÉKIAN qui, pendant son intérim, a tenté d’apporter à notre Ville un peu d’air neuf, parfois avec succès, trop souvent malheureusement rattrapé par votre ombre. Qu’il en soit remercié au nom de tous les Lyonnais.

Cette élection vient clore un mois de ce que j’avais qualifié de sketch ridicule, mois au cours duquel vous avez joué à votre guise avec les institutions au niveau national comme au niveau local. C’était votre droit le plus strict, ce qui n’en fait pas pour autant un comportement légitime, je n’ose dire moral.

Cet épisode est désormais clos, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Mais avant d’envisager les 17 mois de mandat restants, 17 mois qui seront, je le crains, plus consacrés à la préparation de votre éventuel prochain mandat qu’à l’action au service des Lyonnais, nous tenions à revenir sur vos 41 années de candidatures à l’élection municipale, candidatures couronnées de succès pour les dernières. Ce ne fut pas toujours le cas !

Je me souviens qu’en 1977… Non, ce serait malhonnête de ma part d’évoquer un quelconque souvenir, j’avais 7 ans lors des municipales de mars 1977. Pour autant, avec l’aide des Archives municipales, de la Bibliothèque municipale et de leurs agents, qui patiemment constituent des fonds documentaires très riches, il est possible de s’imprégner de l’ambiance de ces campagnes passées.

1977, disais-je donc. C’est l’époque où vous n’avez pas le socialisme honteux et l’affichez fièrement en ne cachant ni le poing ni la rose. C’est l’époque de la liste d’union de la gauche, emmenée par Claude BERNARDIN, et sur laquelle vous figurez dans le 9e arrondissement en tant que responsable fédéral du Parti socialiste. C’est l’époque du programme commun pour les municipales et vous n’hésitiez pas à afficher sur vos tracts vos deux parrains d’alors, François MITTERRAND et Georges MARCHAIS. C’est d’ailleurs ce parrainage communiste qui avait poussé à l’époque André SOULIER à quitter le PS et à aller derrière Francisque COLLOMB. François MITTERRAND, alors Premier secrétaire du PS, adressera même aux électeurs du 9e arrondissement une lettre de soutien aux candidats.

Je ne peux résister à citer dans le texte votre programme électoral de l’époque proposant de : « réfléchir ensemble aux conditions de votre vie quotidienne et aux multiples problèmes que vous devez affronter : les enfants en bas âge qu’il faut faire garder, les plus grands qui ne savent où jouer faute d’espaces verts et d’aires de jeu, le prix des cantines scolaires, l’opération de rénovation urbaine qui menace votre logement, les heures passées en déplacement domicile-travail, qui dévorent votre temps de vivre, la disparition des commerces traditionnels et des artisans, l’absence de lieux de réunion, les difficultés d’accès aux équipements sportifs, l’inquiétude pour l’avenir de vos enfants, quand ce n’est pas l’angoisse du chômage pour vous. Et puis, l’âge venant, le sentiment d’être rejeté hors de la vie sociale. […] Or tous ces problèmes dépendent pour une large part de l’action de la municipalité. Compte tenu des impôts locaux, toujours plus lourds, que vous payez, vous vous estimez en droit de recevoir davantage et vous vous demandez où passe votre argent. »

Les années ont passé, et malgré les 17 dernières années à la tête de notre Ville, avez-vous vraiment le sentiment d’avoir apporté une réponse aux Lyonnais ?

Parfois, en se plongeant dans les archives, on trouve quelques pépites, comme votre journal de campagne Vivre Lyon, au sujet de la politique urbaine de l’époque – nous sommes toujours en 1977 – : « C’est que, dans le capitalisme, la ville elle-même est devenue marchande, elle se trouve soumise à la loi de l’offre et de la demande. La spéculation gouverne tous les éléments de notre cadre de vie. »

Ces écrits doivent laisser songeurs certains sur ces bancs.

Passons en 1983, avec l’entrée en vigueur de la loi PML, à laquelle vous avez contribué.

En 1983, député PS du Rhône, c’est vous qui emmenez les listes du Parti socialiste sous le slogan « Assurons l’avenir de Lyon » dans une campagne orchestrée par l’agence RDB avec un D comme DACLIN, qui se disait séduit par vous, je crois qu’il en est revenu. Des ténors socialistes, comme Laurent FABIUS ou Louis MERMAZ, viennent vous soutenir et vous vous revendiquez clairement de la majorité présidentielle.

En 89, ce fut moins le cas, même si Pierre MAUROY ou Lionel JOSPIN étaient venus à Lyon. En 2014, on oublie et il semblerait qu’en 2020, vous ne vouliez pas apparaître comme de la majorité présidentielle. C’est sans doute ce qu’on appelle assumer ses engagements et ses choix politiques. À votre corps défendant, cela ne vous avait pas valu ni en 1983 ni en 1989 un succès dans notre Ville.

1983, donc, plein de gentillesse envers vos prédécesseurs, vous écriviez : « Je ne suis pas seul à penser que les idées des vieilles équipes municipales se sont usées, que les énergies se sont dissipées et que la volonté a cessé d’exister. »

À l’époque, vous proposiez de construire des résidences pour personnes âgées. Aujourd’hui, vous les fermez. Vous proposiez d’augmenter les aides ménagères. Au dernier Conseil municipal, votre majorité les a baissées. Et, comme vous étiez de gauche, étaient proposés le Conseil lyonnais du développement et de l’expansion, le Comité pour l’emploi ou encore le Bureau du développement industriel. Bref, il y a un problème, donc on crée une structure. Pas sûr que cela apporte des solutions, mais cela permet de faire illusion un temps.

C’était aussi le temps d’une certaine naïveté, puisque vous écriviez : « Plutôt que de condamner les perturbations par les jeunes, nous préférons leur apporter les moyens de profiter de leur ville. » Est-ce toujours le même discours et la même attitude que vous prônez au lendemain de ce qu’a connu notre ville mercredi soir dernier, où des mineurs sont venus dans le centre-ville pour pratiquer une violence gratuite ? Est-ce cela que vous dites aux émeutiers de la demi-finale et de la finale de la Coupe du monde de football qui ont mis à sac le centre-ville et le début de la rive gauche du Rhône en juillet ?

C’est marrant mais quand vous étiez dans l’opposition, vous reprochiez à la droite réactionnaire de ne pas comprendre les jeunes, quand vous étiez Maire de Lyon, vous ne manquiez pas une occasion d’accuser le ministre de l’Intérieur de ne pas donner assez de moyens aux forces de l’ordre lyonnaises, et une fois ministre de l’Intérieur, vous avez baissé les bras, prononçant sur les marches de l’Hôtel de Beauvau le jour de votre départ des mots qui sonnaient comme un constat d’échec.

Vous parliez alors d’un « urbanisme ségrégatif » et de « ghettos créés », qui allaient provoquer « une montée de la violence, comme dans les grandes cités américaines ». Hélas, force est de constater que la violence est aujourd’hui omniprésente. Il n’y a qu’à prendre les transports en commun pour le constater, et d’ailleurs, entre 2016 et 2017, les faits constatés ont grimpé de 36 %, nous plaçant loin devant Marseille. Et l’urbanisme, même s’il améliore les choses ou les empêche d’empirer, n’est pas la solution, comme certains voudraient le penser.

Côté urbanisme toujours, vous disiez qu’il ne fallait rien cacher aux habitants, que, je cite, « la politique du secret n’est pas admissible, les Lyonnais ont le droit de savoir ce que deviendra leur ville, leur quartier, l’immeuble où ils habitent. » Magnifique phrase que les habitants des immeubles de la Part-Dieu ont dû apprécier à juste valeur, quand, il y a quelques années, ils ont découvert dans la presse que vous aviez présenté au MIPIM à Cannes un projet de réaménagement du quartier Part-Dieu qui faisait disparaître tout simplement leurs immeubles !

Mais, 1983, c’était votre période villeurbannaise où, lors de votre conférence de presse de janvier 1983, vous érigiez cette commune en modèle pour le socialisme lyonnais. Pas certain que vous feriez de même aujourd’hui à l’endroit de votre camarade Jean-Paul BRET !

Mais passons en 1989, et tout feu tout flamme, votre slogan d’alors est « Lyon, on se réveille ». Lyon Figaro, le 17 février 1989, rapportait que, quand sont apparues les têtes de vos candidats, ils n’avaient pas tous l’air franchement réveillés ! C’est peut-être cette contradiction entre le slogan et ce que voyaient les électeurs qui les a alors dissuadés.

Pendant cette campagne, alors que le 1er décembre 1988, Raymond BARRE, dans un entretien au Monde Rhône-Alpes disait que, parmi « les priorités à ses yeux » figurait « le désenclavement de l’agglomération par un grand périphérique », vous écriviez que : « Circuler ou stationner à Lyon est devenu un tel cauchemar qu’il n’est guère besoin de s’appesantir sur les carences en matière de transports. » Je pense que celles et ceux qui se sont retrouvés une nouvelle fois coincés à Confluence vendredi dernier sauront apprécier ce constat et les efforts que vous avez faits pour améliorer la situation.

Côté transports, outre le contournement ouest de l’agglomération, il était question de relier la Duchère à Vaise par un funiculaire câblé et de liaisons fluviales. Depuis quatre ans, le doyen de cette assemblée est conseiller délégué aux fleuves à la Métropole et, s’il a vécu ce matin un troisième moment de gloire en présidant la séance, nous n’avons pas le sentiment que cela fasse beaucoup progresser les liaisons fluviales, mais c’est vrai qu’il a un peu de mal à discuter aimablement avec la Présidente du SYTRAL.

1989, c’était aussi l’heure des grandes déclarations, comme dans Le Progrès du 2 février. Vous disiez : « Si j’étais Maire de Lyon, je demanderais beaucoup plus de pouvoirs pour les Maires d’arrondissement, car ils sont un premier filtre essentiel entre les habitants et le pouvoir. » Manifestement, l’engagement de 1989 n’est plus celui d’aujourd’hui, puisque vous n’arrivez à Lyon même pas à appliquer la loi PML.

Et dans votre vision de la Communauté urbaine, c’était à elle, et donc à la Métropole aujourd’hui, que devaient revenir les compétences qui ont trait à l’organisation et à la vie de toute l’agglomération comme les grands équipements culturels et sportifs. Quand on voit l’ardeur que vous avez mis à éviter ce débat pendant les deux ans et demi de votre présidence de la Métropole, on ne peut que rester songeur.

1995, c’était beau, pensez donc ! « Allions-nous pour Lyon », tel était le slogan et G. COLLOMB signifiait « Gérer la Cité. Organiser les Libertés à Lyon pour Offrir un Maximum de Bonheur. » Rien que ça ! Et vous parliez du score modeste au premier tour de Raymond BARRE, qui allait sur ses 71 ans, en l’expliquant par « la volonté des Lyonnais d’avoir un Maire jeune, dynamique, proche des préoccupations du quotidien. » Que faut-il en déduire aujourd’hui ?

1995, c’est aussi un Gérard COLLOMB qui déplore le rétrécissement de la voirie à Vaise, c’est un candidat qui veut « promouvoir de nouveaux commerces en centre urbain pour conserver des quartiers à vivre. » Que dire du quartier Grolée, dont vous avez décidé au début des années 2000 qu’il devait devenir « l’avenue Montaigne de Lyon », rien que ça, et qui, depuis 15 ans, n’arrive pas à relever la tête ? C’est aussi « le développement des transports en commun avec la prolongation du métro jusqu’à confluent. » Voilà une idée qui était bonne, mais pas de chance, une fois élu Maire, Gérard COLLOMB préférera la jouer petits bras et faire un tramway, dont on voit bien aujourd’hui qu’il n’est pas adapté à la desserte de ce quartier.

Mais laissons derrière nous les promesses en l’air et passons aux promesses non tenues !

En 2001, c’est « En avant, Lyon » qui vous verra gagner. Minoritaire en voix mais majoritaire en sièges. Ainsi est fait le scrutin lyonnais.

C’est alors votre engagement clair à propos du tronçon ouest du périphérique : « Je le ferai avant 2008, il sera enterré et gratuit. » Traduction : « je le ferai », c’était pour amadouer les socialistes, « il sera enterré », c’était pour amadouer les écologistes, « et gratuit », c’était pour les communistes. Résultat, 18 ans après, bien que renommé pompeusement Anneau des Sciences, il n’est toujours pas là. Il en est peut-être question pour l’horizon 2030 sur un tracé qui remonte aux années 1990. À croire que l’agglomération n’a pas évolué, pourtant ce n’est pas tout à fait ce que vous nous dites.

En 2001, c’est encore la rénovation du Palais des Sports, de ce côté-là, toujours rien, la construction d’une nouvelle piscine, aujourd’hui, avec la fermeture de celle de Monplaisir et de celle de Gerland (provisoirement peut-être), votre solde est à – 2. C’est encore la couverture du vélodrome du Parc de la Tête d’Or.

Mais 2001, c’est aussi une campagne où vous êtes main dans la main avec Jean-Jack QUEYRANNE, pour emmener Jean GLAVANY, alors ministre de l’Agriculture aux Halles. Et Le Progrès d’écrire à propos de GLAVANY : « Il a d’ailleurs pu constater que tout va pour le mieux entre COLLOMB et QUEYRANNE. » J’ai cru comprendre que les choses avaient un tant soit peu changé.

Je ne peux m’empêcher de vous citer de nouveau à propos du rôle des arrondissements : « Si je suis élu Maire, je commencerai par décentraliser largement. Je suis pour un transfert de compétences vers les arrondissements. » Mais qu’attendez-vous donc ? J’en connais quelques-uns qui seraient partants !

Mais le meilleur, c’est quand même qu’à la veille du second tour, dans les colonnes du Progrès, à la question « N’allez-vous pas, comme vos prédécesseurs, vous empresser d’augmenter les impôts ? », vous répondiez : « Au niveau de la Ville, certainement pas. » Nous savons ce qu’il est advenu de cette promesse, puisque vous les avez immédiatement augmentés, puis rebelote en 2008, puis rebelote en 2014.

2001, c’est un peu pour vous comme le ministère de l’Intérieur, cela vous aura permis de prendre conscience de certaines réalités !

En 2008, vous invitez les Lyonnais à « Aimer Lyon », comme si ceux qui auraient l’audace de ne pas vous suivre ne pouvaient le faire. Je crois que, tous, nous sommes ici parce que nous aimons notre ville passionnément.

Mais cette campagne de 2008, c’est le retour du plan piscine, puisque celui de 2001 n’a rien donné. Cette fois, c’est sûr, le paquet sera mis : rénovation de la piscine du Rhône avec une patinoire mobile l’hiver, une piscine à Confluent et un grand centre aquatique avec des bassins et des toboggans, les enfants de l’époque en rêvent encore. Au final, seule la piscine du Rhône sera rénovée, mais sans patinoire mobile.

C’était le pont des Girondins qui devait se faire sous six ans au plus tard, disiez-vous.

Et je ne vous ferai pas l’affront de vous parler des 12 000 mètres carrés d’activité médicale qui devaient trouver place dans l’aile sud de l’Hôtel-Dieu.

On voit que la machine à promesses n’est pas complètement enrayée, on ne se refait pas ! Cela pourrait être acceptable de la part d’un candidat tout neuf, mais de la part de quelqu’un qui est alors aux manettes depuis sept ans, cela ne l’est pas.

Cette campagne-là, c’est un programme sur le numérique fait par le directeur d’une association vivant principalement de fonds publics.

C’est aussi le fameux comité de soutien avec des gens qui s’y retrouvaient à l’insu de leur plein gré.

C’est aussi votre colère, mémorable, contre notre collègue KISMOUNE, qui avait alors reçu le candidat PERBEN devant le Club Diversité. Aujourd’hui, tout semble pardonné.

Quant à 2014, c’est « Évidemment Lyon » et son lot – encore – de promesses oubliées, comme le retour du véhicule autonome sans chauffeur dans le tunnel de la rue Terme pour rejoindre le plateau et remonter les vélos, la rénovation des petites serres du Parc de la Tête d’Or, l’aménagement des quais de Saône le long du quartier de l’Industrie, le retour de la patinoire mobile et la rénovation du Palais des Sports. Je ne vais pas en dresser ici la liste exhaustive, mais ces quelques exemples illustrent assez bien notre vision de la politique : il s’agit peut-être d’arrêter de faire des promesses en l’air et d’être humble – cela vous rappelle quelque chose l’humilité, non ? – par rapport à ce qu’on est en capacité de faire ou de ne pas faire. C’est seulement cela qui permettra de redonner confiance aux gens en la parole politique, puisque je le rappelle ici, finalement, en 2014, avec 44 % d’abstention, vous avez été élu par moins de 26,5 % des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Voilà, mes chers collègues, ainsi s’achève ce petit voyage dans le temps. J’espère que ces vieux souvenirs vous auront amusés – je n’ai pas dit « agacés » – et vous ont fait prendre conscience qu’on ne peut pas en politique tout dire et faire le contraire. La réalité du terrain nous rattrape toujours et elle est souvent cruelle.

Pour conclure, en juillet 2017, dans cet hémicycle, vous disiez n’avoir pu vous dérober à l’appel qui vous était fait de mettre en place au niveau national ce que vous considérez comme le modèle lyonnais. Avec ce retour un peu précipité, tout laisse à penser que c’est synonyme d’échec.

Je terminerai en citant MITTERRAND, non pas François, je vous rassure, mais Frédéric, qui, le 11 octobre dernier sur France Inter, disait au sujet de votre départ du gouvernement : « L’amour en politique, c’est très dangereux, ça se transforme rapidement en haine, et donc, quand on n’aime plus, on devient très méchant. Comme Gérard COLLOMB, qui pleurait à l’Élysée devant son angelot enfin élu et qui finalement part en claquant la porte comme un amant, comme un amant déçu. »

Je vous laisse méditer cette belle phrase et vous remercie de votre attention.

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