Les voyages du Maire de Lyon

Retrouvez l’intervention de Stéphane GUILLAND lors du conseil municipal de Lyon du 25 mars 2019 à propos des voyages du Maire de Lyon :

 

Monsieur le Ministre,

Il y a quatre ans, vous nous faisiez approuver ici une délibération relative aux déplacements accomplis par les élus dans l’exercice de leurs fonctions, avec une distinction entre les déplacements concernant des réunions dans des instances ou organismes où l’élu représente la commune ès qualités et les autres déplacements.

C’est cette deuxième catégorie qui nous intéresse aujourd’hui sur ces trois dossiers. Votre délibération de 2015 indiquait, je cite : « Les missions revêtant un caractère exceptionnel, c’est-à-dire ne relevant pas des missions courantes de l’élu, doivent faire l’objet d’un mandat spécial préalable octroyé par délibération du Conseil municipal. »

Vous aurez tous noté le terme « préalable » sur lequel j’ai pris soin d’insister.

Pour autant, en cas d’urgence avérée, une dérogation est prévue avec obligation de présenter une délibération de régularisation. Là, c’est sur le terme « avéré » que j’ai insisté.

Concernant votre voyage aux Émirats arabes unis, Monsieur le Ministre, et malgré ce qu’a essayé de démontrer Monsieur BRUMM et à l’instant Madame DOGNIN-SAUZE, dès lors que votre voyage était envisagé en novembre, ce n’est pas eux qui l’ont dit, c’est vous, Monsieur le Ministre, donc, pour une fois, je vais vous croire, vous auriez très bien pu nous présenter une délibération, soit au Conseil du 17 décembre, soit au Conseil du 21 janvier.

Je note au passage que, désormais, les explications et les coûts arrivent beaucoup plus vite que cela a pu être le cas dans le passé. Ne voyez pas le mal partout, je ne fais aucune référence à la réception de juin 2016 qui a fait couler beaucoup de salive et beaucoup d’encre.

À ce stade, on ne peut donc que féliciter Monsieur BRUMM pour cette célérité.

De surcroît, la délibération relative à votre futur déplacement au Japon vient balayer toutes les explications de votre Adjoint, puisque, si pour le Moyen-Orient, il me disait que tout avait été finalisé au dernier moment, pour le Japon, rien n’est encore finalisé et on nous présente une délibération de principe. Donc vous voyez, on pouvait très bien anticiper.

Sur votre déplacement à Milan, je veux bien admettre l’urgence qu’il y avait à exister dans le débat de la liaison ferroviaire Lyon-Turin, sujet mis sur le devant de la scène par l’initiative de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et de son Premier Vice-Président, Étienne BLANC.

J’ai connu un temps, Monsieur le Ministre, où c’est vous qui imposiez le tempo. Ce temps est manifestement révolu sur le Lyon-Turin, comme sur l’Anneau des Sciences lundi dernier à la Métropole. Vous tentez de suivre le mouvement, attention de ne pas vous laisser distancer.

Ces remarques étaient sur la forme.

Sur le fond, quelques observations maintenant.

Quand je lis l’objet de votre déplacement à Dubaï, sur les huit points mis en avant, un seul relève réellement de la compétence de la Ville de Lyon, celui ayant trait aux acteurs culturels, tels que le Musée des Beaux-Arts ou l’Orchestre national de Lyon. Tout le reste est plutôt de la compétence de la Métropole. D’où une double question. Pourquoi ne pas avoir emmené votre Adjoint à la Culture ? Nous n’étions plus à un près. De même, pourquoi n’avoir pas fait un déplacement commun avec le Président de la Métropole ? Si j’avais compris que vos relations avec David KIMELFELD s’étaient quelque peu distendues, au sujet des relations avec cet Adjoint, je le découvre.

Je vous rappelle qu’en 2010, vous aviez mis à disposition de la Communauté Urbaine le service des Relations internationales et qu’en novembre 2016 a été créé avec la Métropole un service commun des Relations internationales, un des rares actes de mutualisation entre la Ville de Lyon et la Métropole. Ce service commun devant être le garant de la mise en œuvre de la politique européenne et internationale de la Ville de Lyon et de la Métropole de Lyon, par le biais notamment des échanges de pratiques, des participations à des réseaux, des coopérations internationales, des projets et financements européens. Ce serait bien que, réellement, cela serve à quelque chose.

Manifestement votre futur déplacement au pays du Soleil levant devrait se faire avec la Métropole. Puisque a priori le programme n’est pas complètement arrêté, je vous propose une petite séance de méditation à Yokohama et ainsi tous les espoirs de réconciliation seront permis.

Mais revenons aux Émirats arabes unis. Vous êtes donc allé là-bas principalement, Nathalie PERRIN-GILBERT vient de le dire, pour vendre la ville dans tous les sens du terme. Alors que la rue de la République est déjà à moitié propriété d’un fonds souverain émirati synonyme d’une flambée des loyers pour les fonds de commerce et de disparition des commerçants indépendants, vous voulez continuer dans cette voie-là. C’est vrai qu’avec près de cinq mois de manifestations paralysant l’activité commerciale chaque semaine dans le centre-ville, les fonds de commerce commencent à être en difficulté.

Pour couronner le tout, notons qu’un mois après votre voyage, les ministres des Finances des 28 pays de l’Union européenne ont inscrit le 12 mars dernier les Émirats arabes unis sur la liste noire des paradis fiscaux.

Mais c’est à ce type de voyages que l’on voit, Monsieur le Ministre, que vous êtes en campagne électorale. Vous nous aviez déjà, je vous le rappelle, fait le coup en 2008 et déjà avec Dubaï, rappelez-vous, à l’époque, c’était Lyon Dubaï City, on est resté sur notre faim.

Pour conclure, je ne peux m’empêcher d’observer que le coût de ces deux déplacements représente peu ou prou une année de location des bâtiments de l’école maternelle Lévi-Strauss. N’y voyez aucun rapport avec un quelconque autre dossier inscrit à l’ordre du jour de notre Conseil municipal. Je n’y vois là qu’une coïncidence.

Je vous remercie

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