Place Jacques Truphemus

Retrouvez l’intervention d’Inès de Lavernée lors du conseil municipal du 27 janvier 2020 :

Monsieur le Maire, Chers collègues,

C’est un plaisir pour moi de parler de Jacques TRUPHÉMUS.

Pour vous faire partager qui était cet homme discret mais d’abord facile, toujours disposé à écouter avec intérêt les personnes qui le rencontraient dans les rues du quartier d’Ainay où il habitait et avait son atelier, j’ai interrogé ses amis proches, dont certains sont aussi mes amis.

Jacques TRUPHÉMUS a eu un coup de foudre pour notre ville et sa lumière. Son œil d’artiste avait repéré cette lumière particulière, dont il fera l’aune de son œuvre picturale, rapportant à Lyon les toiles peintes lors de ses longues retraites en Cévennes, pour les confronter à la lumière de son atelier lyonnais.

Même si la renommée de Jacques TRUPHÉMUS dépasse largement les frontières et bien qu’étant né à Grenoble, celui-ci a choisi de faire de Lyon sa ville d’élection.

Arrivé à Lyon dans les années 40, il lui est resté fidèle tout au long des 70 ans de sa vie d’artiste.

Dans un premier temps, il a trouvé son inspiration dans l’atmosphère des cafés silencieux du bord de Saône ou de la place Bellecour.

Jacques TRUPHÉMUS était un personnage secret, un homme du silence, la peinture était son mode d’expression, sa façon de transmettre ses émotions.

Il disait lui-même que ces cafés étaient des lieux de rapprochement de solitudes, des moments de communion de solitudes, comme en témoigne le tableau de la belle servante bleue peint en 1980.

Il était un homme solitaire mais jamais isolé. D’une culture éclectique, Jacques TRUPHÉMUS avait le goût de la rencontre, des discussions passionnées pendant des heures avec des amis. Il comptait parmi ses amis des artistes, poètes, philosophes, écrivains, comme François MONTMANEIX, Yves BONNEFOY, Charles JULIET, Bernard CLAVEL, René DEROUDILLE, Jean-Jacques LERRANT, Régis NEYRET et aussi Louis CALAFERTE, qui écrira de lui : « Peintre du trouble fugace de l’émotion, il est vraisemblable que Jacques TRUPHÉMUS le sera jusqu’à sa dernière toile. »

Sa façon d’être et sa façon de peindre étaient une seule et même attitude. Observateur de l’instant, il cherchait à faire partager ses émotions à la vue d’un objet, d’une scène de la vie quotidienne ou d’un paysage qu’il avait l’art de rendre familiers.

Que ce soit les vues de Lyon ou de son atelier, les natures mortes, les portraits d’Aimée, sa femme, lisant ou les fauteuils vides après le décès de sa femme ou des passants dans un jardin public, mais aussi les paysages aux couleurs luxuriantes des Cévennes, Jacques TRUPHÉMUS nous faisait entrer dans l’émotion d’un univers familier. C’est pourquoi ses contemporains l’ont qualifié de peintre de l’intime.

Il était mû par le goût de créer, allait toujours plus loin. À la fois chercheur et transmetteur, il n’hésitait pas à donner des conseils à de jeunes peintres. Ainsi, il était en phase avec son nom patronymique, dérivé du mot trophimos, qui signifie nourricier en grec.

Très exigeant dans son travail, c’est grâce à ses longs mois de retraite dans son atelier du Vigan dans les Cévennes, où il vivait, selon les mots de Jean-Jacques LERRANT, « cette solitude originale fortifiée par la pratique monastique de la peinture » qu’il a réussi à la renouveler sans cesse et à accéder à une œuvre incontestablement contemporaine.

C’est ainsi qu’il ne s’est jamais laissé enfermer dans un système ni commercial ni de facilité, quitte à rompre à l’occasion avec un galeriste.

Il avait l’obsession du dessin, de la lumière et celle, plus tardivement dans la vie et selon ses mots, « de pousser au plus haut la gamme des teintes », ce que certains de ses admirateurs nommaient son audace de la couleur.

Dans ses dernières années, comme artiste qui n’a plus rien à prouver, Jacques TRUPHÉMUS s’est totalement libéré et s’est permis les plus grandes audaces en prenant le risque de l’utilisation de teintes surprenantes.

BALTHUS avait dit reconnaître en lui un des plus grands peintres de son temps depuis les impressionnistes, le faisant connaître ainsi par celui qui devait devenir le galeriste parisien attitré de Jacques TRUPHÉMUS, la galerie Claude BERNARD.

Aujourd’hui, en baptisant du nom de Jacques TRUPHÉMUS une place du nouveau quartier de la Confluence, la Ville de Lyon reconnaît en lui un grand peintre dont la notoriété dépasse les frontières et rejaillit sur celle de Lyon. Sa situation dans un quartier du XXe et XXIe siècle résonne comme un éloge de la modernité de son œuvre.

Nous voterons favorablement à ce dossier.

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