Plan local de l’urbanisme et de l’habitat (PLUH)

Intervention de Stéphane Guilland lors du conseil municipal de Lyon du 18 décembre 2017 à propos du projet de plan local de l’urbanisme et de l’habitat (PLUH)

Monsieur le Maire,

Je vous rassure, je ne ferai pas les 8 minutes. J’ai reçu des consignes me demandant de faire plus court !

Notre Conseil municipal doit aujourd’hui émettre un avis sur le projet de PLU-H établi par les services de la Métropole et prochainement soumis à enquête publique.

Ce document très technique sera la base du développement urbain de l’agglomération dans son entier, de notre Ville en particulier. Si chaque arrondissement a été associé, et c’est heureux, à la procédure d’élaboration de ce PLU-H, il est dommage que l’ensemble des élus – et je pense particulièrement aux élus d’arrondissement – n’aient pas été associés plus en amont.

Il est dommage que de nombreux élus aient été obligés de faire eux-mêmes la démarche d’obtenir une copie du document pour pouvoir l’analyser. Pour émettre un avis, il n’est manifestement pas utile de savoir de quoi il est question. Chacun appréciera.

Car, vous en conviendrez, mes chers collègues, la présentation que vient de nous livrer Michel LE FAOU reste très générale, malgré l’absence de visuel. Il nous dit en substance que les grands objectifs du futur PLU, arrêtés en 2015, ont été retranscrits dans le détail, îlot par îlot, rue par rue, quartier par quartier. Nous lui en donnons acte. Pour autant, et dans le temps qui nous était imparti, la comparaison entre l’ancien PLU et le projet qui nous est soumis relève du jeu des 7 erreurs, pas si simple.

À l’issue des réunions de présentation faites dans l’ensemble de la Métropole, vous dites avoir identifié cinq préoccupations des habitants face à ce nouveau PLU-H : la densité, le logement, les déplacements, la nature et le patrimoine.

Il est dommage aujourd’hui que, dans la présentation du document ou dans les synthèses annexées, nos concitoyens ne trouvent pas de réponses directes à ces préoccupations. Sans rentrer trop dans le détail, vous me permettrez de vous livrer quelques remarques illustrant la distance qu’il peut y avoir entre le document et les attentes de nos concitoyens.

Sur la densité, par exemple, favoriser une Métropole attractive est un objectif partagé par tous. Accueillir de nouveaux habitants, on parle de 150 000 nouveaux habitants au niveau de la Métropole à l’horizon 2030, en est la conséquence logique. Nous aurions à ce titre aimé qu’une carte détaillée présentant les zones dans lesquelles les droits à construire seront demain supérieurs à ceux existants aujourd’hui nous soit présentée. La densification peut, à juste titre, faire peur. Ne pas être transparent sur ce point laisse penser que vous ne souhaitez pas aujourd’hui que les Lyonnais entrent trop dans le détail.

Sur le logement, si le coût du logement, que ce soit à l’achat ou à la location, est mécaniquement lié à l’offre et donc aux possibilités de constructions offertes par le PLU-H, d’autres critères entrent en ligne de compte. Un exemple parmi d’autres, et mon collègue BROLIQUIER en parlait, le coefficient de pleine terre. Vous annoncez que, dorénavant, les espaces verts à préserver lors de la construction de nouveaux immeubles devront être des espaces verts de pleine terre. Si cette mesure a peu d’impact en périphérie, elle va mécaniquement renchérir les coûts de construction en hypercentre, obligeant les promoteurs à créer des niveaux de sous-sol supplémentaires pour pouvoir répondre aux obligations de parking, même si celles-ci diminuent.

Sur les déplacements, mais cela a déjà été dit, nous aurions gagné en cohérence si le plan de déplacement urbain avait été intégré au PLU-H. Vous n’avez pas fait ce choix. C’est dommage.

Sur les espaces verts, nous notons la volonté de la Métropole de préserver en ville des espaces de fraîcheur. Il est dommage qu’en parallèle, des choix architecturaux aboutissent parfois à l’effet inverse. Je pense notamment à l’aménagement du parvis des 24 colonnes, dont le choix de l’acier Corten comme matériau nous oblige en été à l’arroser pour le rafraîchir, et ce alors même que nous vous avions maintes fois alertés en amont sur l’îlot de chaleur que vous étiez en train de créer.

Enfin, sur le patrimoine, il faut saluer – une fois n’est pas coutume – le travail qui a été effectué et le nombre des éléments bâtis à préserver nouveaux introduits dans le PLU-H. Reconstruire la ville sur la ville ne doit pas se faire au détriment de son passé et nous ne pouvons que nous féliciter du travail.

Parallèlement aux grands principes, il y a aussi les déclinaisons territoriales de votre projet de PLU-H qui posent problème. Cela a donné lieu à des débats en Conseils d’arrondissement – quand cela a été possible – où les conseillers de notre groupe ont demandé que des dispositions soient revues. Parmi ces problèmes :

– Dans le 1er arrondissement, les objectifs affichés vont trop loin en matière de petits appartements. Ajoutés au déficit d’équipements, cela va rendre l’arrondissement moins attractif pour les familles.

– Dans le 2e arrondissement, le projet de PLU-H comporte des objectifs excessifs en matière de densification à Confluence. C’est d’autant plus gênant que la desserte en transports en commun est notoirement insuffisante. Nous voyons là le manque de cohérence dont j’ai parlé précédemment avec le PDU. Dans le 2e également, le manque de prospective en matière d’équipement transparaît également sur ce projet de PLU-H.

– Dans le 3e arrondissement, l’évolution du PLU rend encore probable une densification non maîtrisée du quartier de Montchat, portant atteinte à l’identité pourtant si précieuse de ce quartier. La mutation du terrain de la Clinique Trarieux, les hauteurs de construction sur le cours du Docteur Long ou la rue Ferdinand Buisson en sont des exemples concrets.

– À la Part-Dieu, là encore, le PLU-H ne traduit pas la nécessaire vision des équipements éducatifs, culturels et sociaux nécessaires aux besoins d’une population en croissance.

Je n’allongerai pas la liste de ces spécificités locales. J’ai, il y a quelques instants, dénoncé vos orientations en termes de logement social. C’est un point que j’ai spécifiquement évoqué lors des débats en Conseil du 8e.

Enfin, s’il est un fil rouge commun à l’ensemble des arrondissements, nous l’avons vu, c’est le manque cruel d’équipements pour accompagner la croissance de la population. À ce titre, et même si des emplacements réservés pour des écoles, des crèches, des équipements sportifs, des stades, apparaissent au PLU, nous sommes en droit de nous interroger sur les moyens que la Ville pourra consacrer à leur aménagement, aujourd’hui, mais peut-être encore plus demain. L’autonomie et les perspectives financières de notre Ville ont été abordées lors du débat budgétaire et je n’y reviendrai pas.

Monsieur le Maire, pour toutes ces raisons, le groupe Les Républicains et apparentés – Ensemble pour Lyon, ne saurait vous suivre sur votre proposition d’avis et souhaite que les prochains mois soient mis à profit pour corriger les manques et erreurs de ce projet de PLU-H. Sur ce projet pris d’une manière globale, nous nous abstiendrons. Certains de mes collègues exprimeront pour autant un vote négatif, considérant les problèmes spécifiques à leurs arrondissements particulièrement préoccupants.

Je vous remercie.

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