Prévention de la délinquance

Intervention de Pierre Bérat lors du conseil municipal du 28 mai 2018 à propos de la délinquance

Merci, Monsieur le Maire.

J’interviens de nouveau sur le sujet des actions de la Ville en matière de sécurité et de prévention de la délinquance, en prolongement de l’amorce intéressante de débat que nous avons eu en Commission. J’interviens pour redire ce que j’ai pu dire ici depuis 2014, ainsi qu’en Conseil du 3e arrondissement.

Quel est le problème, si j’ose dire ? À la lecture de cette délibération, nous avons toujours autant de mal à percevoir une réelle stratégie de la Ville en matière de prévention et de lutte contre la délinquance.

La première question à se poser est sans doute : faut-il une stratégie municipale en la matière ? Les faits apportent bien sûr la réponse. C’est un oui évident, il suffit de suivre l’actualité locale :

  • Le Maire du 3e, lors du dernier Conseil d’arrondissement, Monsieur SÉCHERESSE en Commission, ont reconnu que les agressions sont de plus en plus violentes, même si, dans une récente interview à la radio, Monsieur SÉCHERESSE, vous avez semblé vous polariser sur les violences en marge de compétitions sportives ou les affrontements entre extrême gauche et extrême droite. C’est à mon avis une vision un peu parcellaire de la problématique, car cette tension et cette violence sont le quotidien de beaucoup de Lyonnais.
  • Nous nous souvenons que Lyon est la ville où Marin a été victime d’une barbarie au quotidien, un événement dramatique qui traduit cette hyper violence gratuite qui vient bouleverser la vie de la victime. C’est un véritable poison par ailleurs pour notre cohésion sociale, puisque nous savons qu’un tel événement dissuade de nombreuses personnes d’exercer leur responsabilité citoyenne. Je pense que, comme moi, vous avez entendu de nombreux Lyonnais vous dire après cet événement : « J’ai demandé à mon mari, à mes enfants, de ne jamais s’interposer dans ce genre de situation. »
  • L’actualité, c’est aussi la flambée de violence à la Duchère il y a quelques jours, montrant une menace latente de comportements collectifs inacceptables.
  • L’actualité, c’est le constat de l’effet plumeau suite à la mise en place des expérimentations de la police de sécurité au quotidien. Le renforcement des moyens dans certains secteurs sensibles se traduit par un déplacement des délinquants.
  • L’arrivée des beaux jours, c’est aussi l’éclosion de ces salons de jardin urbains, où quelques-uns squattent le trottoir avec leurs chaises pliantes pour marquer un territoire ou assurer une fonction « drive » pour leurs trafics. Constat un peu folklorique, mais ô combien nuisant pour les riverains, qui doivent se retrancher dans leur intérieur.

Vous me répondrez probablement, comme le faisait Gérard COLLOMB, que les statistiques des crimes et délits traduisent une situation moins grave à Lyon qu’ailleurs. Sans doute mentionnerez-vous une fois de plus le cas de Marseille.

Je dois dire qu’il est assez difficile d’obtenir ces statistiques au niveau local sur ces questions, mais j’en ai cependant trouvé une relativement intéressante, celle des crimes et délits dans les transports en commun. Alors, c’est vrai, les faits ont augmenté de 22 % à Marseille en 2017, mais, à Lyon, la progression a été de 36 % ! Et ce n’est pas un cas général, car, à Nice, on note en revanche un recul de 40 %.

Alors, face à ce panorama, je persiste à dire que l’on peut s’interroger sur une stratégie de lutte contre la délinquance déclinée par cette délibération. Monsieur BRUMM, lors du compte administratif, vous nous interrogiez sur les dépenses et sur ce que nous proposions comme économies. Là, ce ne sont pas des économies. 180 000 euros de financement pour cette action, cela paraît finalement très limité. Par ailleurs, on constate qu’une part importante des moyens est centrée sur des objectifs certes utiles, mais qui ne sont pas en lien direct et immédiat avec la prévention de la délinquance : 27 % du budget pour l’accès au droit et les actions de citoyenneté, 39 % pour l’aide aux victimes. Bien sûr, l’aide aux victimes, c’est essentiel, mais cela peut relever d’une autre programmation, et, surtout, la meilleure aide aux victimes, c’est de faire qu’il y ait de moins en moins de délits et de crimes.

Un dernier chiffre significatif : 1,3 % des moyens sont consacrés à la lutte contre la radicalisation, sujet pourtant ô combien capital ! À ce niveau, je dirais que c’est une trace d’action. Pour ma part, je crois à l’homéopathie, mais en matière de santé, pas en matière de sécurité.

Si je comprends bien la délibération, nous sommes dans la dernière année de la programmation. C’est donc le bon moment pour mettre les choses à plat, pour construire des réponses plus pertinentes. Et je vous dis, Monsieur SÉCHERESSE notamment, notre disponibilité pour contribuer de façon constructive à cette réflexion dans le cadre de la Commission Sécurité. Les sujets ne manquent pas :

  • Comment éradiquer la délinquance violente de bande ?
  • Comment reprendre possession de l’espace public quand c’est nécessaire ? Vous avez sans doute vu comme moi qu’une circulaire récente du ministère de l’Intérieur rappelle que, pour l’utilisation des crédits en matière de prévention de la délinquance, il faut donner, parmi les priorités, la priorité accordée à l’amélioration de la tranquillité et à la prévention dans les espaces publics.
  • Quelle contribution Ville et Métropole peuvent-elles apporter au combat contre le harcèlement scolaire, notamment au niveau du collège ? Quelle réponse à ce phénomène, qui touche, je le rappelle, selon les estimations, 10 % des élèves ? Vous le savez sans doute, la Région pour sa part s’engage sur ce sujet sur sa compétence en matière de lycées.

Nous allons voter cette délibération, car nous ne doutons pas des projets portés par ces associations, mais nous ne voyons toujours pas en quoi cet assemblage de projets permet de répondre complètement aux défis de sécurité auxquels notre cité fait fasse. Et je vous redis notre disponibilité pour travailler à une réelle stratégie volontariste en matière de lutte et de prévention de la délinquance, car les temps nous imposent d’avoir une telle stratégie.

Je vous remercie.

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