Question du 6e : une recentralisation qui ne dit pas son nom ?

Intervention de Pascal Blache lors du conseil municipal du 28 mai 2018 à propos de la recentralisation

La deuxième question fera plus appel aux sentiments, donc cela va peut-être faire plaisir à Monsieur BRUMM.

En fait, mon propos est le suivant, donc la loi PLM, c’est une loi qui, bien utilisée, pourrait trouver tout son sens. Chaque ville a la possibilité d’aménager cette loi au détriment ou au profit de ses arrondissements.

Contrairement à Paris et Marseille, la Ville de Lyon a fait le choix, depuis de nombreuses années, de n’accorder aucun pouvoir, ou très faiblement, à ses arrondissements. Les Conseils d’arrondissements sont consultatifs uniquement. En l’occurrence, vous ne transmettez d’ailleurs pas le résultat de nos votes et leurs explications à l’assemblée ici présente. Les subventions aux associations nous échappent complétement. Nous n’avons pas de mot à dire sur les attributions dans les crèches. Nous n’avons pas le dernier mot d’ailleurs en ce qui concerne les dérogations dans les écoles. Nous ne choisissons pas les attributions de créneaux horaires dans la plupart des équipements publics. Nous ne décidons pas de l’occupation du domaine public – en l’occurrence, ce n’est peut-être pas trop grave. Nous ne disposons pas de notre propre matériel pour l’organisation d’événements. Enfin, nous nous voyons attribuer chaque année une dotation locale d’animation, sans aucune augmentation depuis de nombreuses années, une dotation ridicule, alors que nous multiplions l’organisation d’événements à destination des Lyonnais.

Depuis quelques mois, nous sentons que cette centralisation du pouvoir va crescendo : création d’un fichier central de seniors, suppression du suivi des dossiers de logements sociaux par nos services locaux (donc on devient une caisse d’enregistrement, ne tenant pas compte de la situation des gens que nous rencontrons), volonté de centraliser la comptabilité sous le prétexte de faire des économies, etc. Je pense que c’est une erreur. C’est même une erreur majeure, qui n’entraînera aucune économie in fine, au moment où les habitants de Lyon sont en demande de plus de proximité.

Alors, cela tombe bien, parce que c’est un peu l’évènement qui veut ça, ce week-end, nous avons organisé, comme tous les arrondissements de la Ville, une opération pour les personnes âgées isolées. En plus, c’était la Fête des Mères. Donc, grâce à des restaurateurs qui ont offert les repas, grâce à 40 jeunes bénévoles, des élus et des bénévoles, qui ont permis d’accueillir toutes ces personnes, nous avons réussi à inviter 268 personnes âgées isolées, à déjeuner dans des restaurants, pour zéro euro d’argent public.

Vous voyez, les arrondissements sont quelque part la somme de la réalité de la proximité de la Ville. Moi, cela ne me gêne pas de faire cette opération, au contraire. On a passé tout le week-end dehors, c’était la Fête des Mères et en plus 80 % de ces personnes étaient des femmes, et c’était un moment de solidarité qui était bon, mais c’était zéro euro d’argent public, uniquement avec de l’initiative locale.

Donc, pour mémoire, dans notre arrondissement, comme dans tous les arrondissements de la Ville, nous recevons autant de visiteurs par an dans notre mairie que la population de l’arrondissement. Preuve, s’il en est besoin, que nous restons le guichet unique pour toutes les attentes que rencontrent nos habitants, lesquels n’ont aucune idée des compétences des différentes structures, tant notre organisation territoriale est compliquée.

Avec la métropolisation, nous avons encore éloigné une partie du service collectif de ces citoyens, engendrant des temps de réponse plus longs et souvent des dépenses plus importantes. Pourtant, les citoyens veulent plus de réactivité, plus de proximité et une meilleure gestion de leurs deniers.

Ma question est donc simple : avez-vous peur que la Ville de Lyon devienne une coquille vide au profit de la Métropole ? Avez-vous peur qu’une bribe de pouvoir n’échappe à la Mairie centrale ? Comment souhaitez-vous faire évoluer les arrondissements ? Tendriez-vous vers leur disparition alors que Paris et Marseille – vous rencontrez des maires d’arrondissement de ces deux villes – font l’inverse en leur « redécentralisant » des moyens ? Ou, au contraire, allez-vous emboîter le pas de ces deux grandes villes, qui ont compris que la proximité est désormais devenue une priorité pour les citoyens-urbains ?

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