Qui pour diriger la Halle Tony Garnier ?

Intervention d’Elodie Roux de Bézieux lors du conseil municipal de Lyon du 29 janvier 2018 à propos de la future direction de la Halle Tony Garnier

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

On a parfois l’impression dans cette enceinte de faire du sur place, ou de reculer. C’est la raison pour laquelle je ne vais pas m’adresser à vous, Monsieur le Maire, mais à l’Adjoint à la culture que vous étiez encore il y a quelques mois.

Je vous propose de quitter temporairement Caluire et le Radiant pour nous transporter à la Halle Tony Garnier.

Voici maintenant plus de 13 ans que des élus de votre opposition vous interpellent régulièrement sur l’avenir de la Halle Tony Garnier, que ce soit en conseil d’administration ou ici.

Le 24 novembre 2014, il y a plus de 3 ans, je vous alertais déjà. Mon propos était clair. Permettez-moi de le reprendre : « Cela fait maintenant des années qu’une réflexion sur le changement de statut de la Halle est régulièrement évoquée, sans qu’aucune décision ne soit prise. Pour notre part, nous sommes prêts à nous associer activement à cette réflexion ». Et depuis rien, calme plat. Du sur-place. Ou plutôt si, nous avons perdu 3 ans.

A la fin de cette année 2018, Thierry Téodori prendra sa retraite. La Ville perdra un grand du métier. Il a heureusement promis de ne pas trop s’éloigner.

Sous son impulsion, la Halle est devenue une étape majeure des tournées en France.

Cette année, la Halle versera à la Ville grâce à ses performances sur l’exercice 2017, un loyer de 530 000 euros, le maximum autorisé. Sachant qu’elle prend en charge sur ses fonds propres la majeure partie des travaux du propriétaire.

Je pense que l’ensemble des conseillers se joindra à moi pour remercier Thierry et l’équipe de la Halle pour la qualité de leur travail. Décembre c’est dans 11 mois.

Onze mois pour trouver un successeur à Thierry Téodori, c’est encore dans le domaine du possible. Mais avec quelle stratégie ? Avec quel statut pour la Halle ? Délégation de service public, privatisation, poursuite de l’EPIC sous sa forme actuelle ? Ces questions reviennent depuis des années. Et nous faisons du sur-place. Et j’ajouterai quel positionnement face à l’Aréna qui ouvrira ses portes à Villeurbanne en 2021 ?

Il y a désormais urgence, 11 mois.

Mes chers collègues, le monde de la musique bouge à la vitesse du son. La France, comme d’autres pays du monde, est le terrain du combat de deux titans américains Live Nation et AEG, qui vient d’ouvrir son bureau parisien en décembre.

Ces multinationales regroupent une palette d’activités dites 360° : production d’artistes, organisation de festivals, exploitation de salles de spectacles, marchandising, billetterie en ligne, médias traditionnels et digitaux, gestion de la data…

Face à eux, les trois leaders français et européens – Fimalac, Vivendi et Lagardère – sont encore bien modestes. Live Nation, par exemple, c’est 25 500 concerts par an (soit un concert toutes les 20 minutes dans le monde), 71 millions de spectateurs, 3 300 artistes sous contrat, soit ni plus ni moins que l’addition d’Universal Music et Sony Music, les plus grosses maisons de disques du monde.

Par ailleurs, la multiplication des Arénas pouvant accueillir des shows à grand spectacle et la concentration du marché dope la concurrence entre les villes.

Le live est un secteur à fort potentiel de développement face à la baisse de ventes d’album faiblement compensée en termes de recettes par le streaming.

Selon un rapport du Ministère de la Culture portant sur 96 salles de grande capacité en France entre 2010 et 2016, le nombre de représentation a progressé de 25 %, mais le poids des six premiers groupes intervenant sur ce marché (Fimalac, Live Nation, Largadère, Sony, Stage et Warner a grimpé de 23 à 36 %. Ces six groupes s’adjugeant 46 % des recettes de billetteries contre 34 % en 2010.

En fait, Monsieur le Maire, mes chers collègues ce fantastique outil qu’est la Halle Tony Garnier est un point dans un maillage économique désormais mondialisé.

Je sais que Thierry Téodori est prêt à nous accompagner dans cette réflexion qu’il est désormais urgent de lancer. Sachez que notre groupe souhaite y prendre toute sa part.

C’est la raison pour laquelle je vous propose, Monsieur le Maire, de constituer un groupe de travail dans lequel siègeront l’ensemble des groupes de cet hémicycle et des professionnels. Il devra nous fournir un rapport et une recommandation sous trois mois afin que, d’ici le printemps, nous ayons fixé notre stratégie sur l’avenir juridique de la Halle Tony Garnier.

Ainsi, nous pourrons lancer le recrutement du successeur de Thierry Téodori dont la première mission sera de mettre en œuvre cette stratégie.

Je vous remercie.

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