Rapport développement durable 2017

intervention de Pierre Bérat lors du conseil municipal de Lyon du 19 novembre 2018 à propos du rapport Développement durable 2017

Merci, Monsieur le Maire,

Entre les arbres et votre rapport développement durable, il y a un point commun, ce sont les couleurs. Les premiers prennent des couleurs avec l’arrivée de l’automne et vous, c’est avec les élections que votre rapport développement durable prend des couleurs, parce qu’on a sous les yeux un beau document de promotion, effectivement. Mais de quelle réalité de la politique municipale est-il le reflet ? Bien difficile de le dire, quand on voit la collection de présentations de projets, certains avec un intérêt, je ne le nie pas, mais une collection de projets et une liste à la Prévert d’indicateurs.

Madame l’Adjointe, dans votre édito, vous parlez d’un rapport « arrêt sur image ». Alors effectivement, la photo que vous dressez est très nette, très foisonnante au premier plan, mais l’arrière-plan, la finalité, les résultats de votre action en matière de développement durable, c’est le grand flou.

Et pourtant, face aux enjeux du développement durable, face aux conséquences présentes de la pollution et du réchauffement climatique, compte tenu des menaces encore plus importantes pour les générations futures, les collectivités territoriales ont un rôle majeur à jouer. Elles doivent être transparentes, elles doivent être exemplaires, elles doivent être ambitieuses, trois dimensions que l’on perçoit mal dans votre action.

En matière de transparence, je vous donne deux exemples d’informations que l’on aimerait trouver dans votre rapport :

  • En matière de démocratie locale, quelle est la part des 470 000 euros de la dotation d’animation locale qui sert vraiment à des actions de participation citoyenne, quand on enlève la part affectée à des dépenses de promotion politique des Maires d’arrondissement ? Ce serait une question intéressante.
  • Vous vantez par ailleurs la sécurisation des berges du Rhône. Vous l’avez fait dans le PowerPoint. Moi, j’aimerais savoir quel est le coût budgétaire consolidé de cette nécessité de sécurisation et les conséquences budgétaires d’un aménagement qui a été mal maîtrisé sur le plan de la sécurité.

Pour ce qui est de l’exemplarité de l’action municipale, on peut également avoir quelques doutes à la lecture de votre rapport.

Sur la dimension clé de la maîtrise de la consommation d’énergie, qui a déjà été évoquée, nous sommes effectivement loin du compte à propos des – 20 % de consommation. Elle est même en augmentation ces dernières années, même si on peut noter – et Madame l’Adjointe, vous avez dit qu’on pinaillait sur des chiffres –, moi, je vous dis que votre chiffre de la page 77 est sous-évalué de 3 % et que donc l’augmentation de consommation est encore certainement plus importante. Quant aux réductions de gaz à effet de serre, on voit qu’elles touchent peu la part dominante liée aux consommations de gaz, qui est pourtant le point clé et sur lequel il faut faire le plus d’efforts. Si, effectivement, il faut se préoccuper de l’énergie fossile, comme on l’a vu ce week-end, ce doit être pour tout le monde et pour la ville y compris.

Sur la dimension tout aussi clé de la qualité de l’air, rien n’est dit sur les résultats des mesures dont vous parlez dans le rapport. Et pourtant, on sait que des équipements publics y sont sensibles, notamment des écoles. Je crois que cela a été évoqué par notre groupe en Conseil du 1er arrondissement.

Enfin, pour ce qui est de l’ambition, là encore, la lecture de votre rapport mène au doute. En matière de sécurité et de tranquillité publique, qui sont effectivement un élément essentiel du bien vivre ensemble, et vous avez raison de le mettre dans le rapport, force est de constater que la Ville de Lyon manque d’ambition, notamment si on se réfère, Monsieur le Ministre, au diagnostic lucide que vous avez livré en quittant la place Beauvau il y a quelques semaines. Si je ne retiens que vos chiffres, le nombre de travaux d’intérêt général proposés par la Ville – vous avez vous-même évoqué cet exemple – a été divisé par deux en 2017. Vous avez parlé aussi des mesures de réparation pour les mineurs. Madame l’Adjointe, un peu de sérieux, elles ne touchent que 15 jeunes ayant commis des délits. 15. Au niveau de l’échelle d’une ville de 513 000 habitantes, pensez-vous que nous sommes à la hauteur du défi ? Je l’ai déjà dit ici, l’homéopathie est d’une faible utilité en matière de délinquance.

Alors voilà, votre rapport opération de communication a l’intérêt de promouvoir des actions des services de la Ville de Lyon, mais il ne traduit pas une vision volontariste. Vous avez dit que vous étiez une chef d’orchestre en introduction de ce rapport. Alors, il y a quelques jours, lors d’une réunion publique sur la lutte contre le réchauffement climatique, le public vous a demandé de jouer un peu moins de pipeau, si j’en crois ce qui a été dit dans la presse. C’est un peu sévère, et nous tous qui avons été collégiens, nous savons que le pipeau peut être le début de quelque chose. Mais il est vrai que, pour l’heure, votre rapport ne traduit pas une orchestration d’ampleur pour le développement durable.

Je vous remercie.

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