Sécurité à Lyon : plus que des paroles, des actes

Retrouvez l’intervention de Stéphane Guilland lors du conseil municipal du 23 septembre 2019 :

Monsieur le Ministre d’État,

Lors du Conseil municipal de juillet, dont vous nous demandez d’approuver le compte rendu, nous avions eu un long débat sur votre projet de végétalisation éphémère de la Presqu’île. Nos interrogations portaient notamment sur l’impact qu’aurait ce dispositif sur la circulation, sur la durée de vie des plantes dans les bacs, sur l’intérêt d’affecter 600 000 euros dans une mesure, dont le seul réel intérêt semblait, à 6 mois des prochaines échéances, de tenter de « reverdir » votre image.

La mise en place récente de ces bacs nous a donné totalement raison. La circulation des cyclistes, nombreux en Presqu’île, est devenue un enfer. Les livraisons sont encore plus anarchiques. Les bus se trouvent bloqués dans le trafic. Une nouvelle forme de stationnement anarchique entre les pots de fleurs est apparue. De nombreuses plantes ont déjà été remplacées, et ce week-end, plusieurs bacs restaient désespérément vierges de végétation, occasionnant un surcroît de travail pour les jardiniers de la Ville et un coût supplémentaire que Richard BRUMN ne manquera pas de calculer rapidement.

Vous avez certainement pu lire nombre d’articles à ce sujet dans la presse lyonnaise, à moins que quelque collaborateur zélé, n’ait préféré vous épargner. Mais le plus dur est certainement que le coup politique escompté s’est totalement retourné contre vous. Alors que pendant l’été les problèmes de nuisances sur la Presqu’île n’ont fait qu’empirer, vous répondez à l’exaspération des habitants par quelques plantes vertes censées apaiser leur cadre de vie.

Monsieur le Maire, votre impuissance à faire régner la tranquillité dans votre Ville est malheureusement réelle. Vous avez tenté un temps de nous faire croire que c’était la responsabilité de l’État. Dans une déclaration récente que j’invite tout le monde à revoir, la Préfète déléguée à la Sécurité précise à deux reprises, je cite, que « la tranquillité relève avant tout de la Ville de Lyon ».

Alors, effectivement, après les violences d’il y a dix jours, les moyens déployés ce vendredi et ce samedi ont permis un retour au calme apparent sur la Presqu’île, repoussant les nuisances sur les quais ou vers d’autres quartiers.

À ce stade, Monsieur le Maire, deux questions se posent :

  • Quel traitement de fond êtes-vous capable de mettre en place pour que ces comportements cessent durablement ?
  • Au-delà de la Presqu’île, quelle réponse apportez-vous aux Lyonnais d’autres quartiers qui subissent eux aussi les incivilités et nuisance à répétition ?

Monsieur le Maire, la colère gronde. Elle éclate aujourd’hui en Presqu’île, elle est sur le point d’éclater à la Guillotière où la place du Pont constitue une zone de non-droit. Il y a dix mois ici même, notre collègue Jean-Jacques DAVID vous interpellait

sur la situation de la Guillotière et vous lui répondiez, je cite « Sachez que j’ai bien remarqué ce que vous avez dit [sur] Gabriel Péri. Je vais donc m’y attacher dans les prochains temps. J’ai vu aussi que le Bas des Pentes de la Croix-Rousse était l’objet de violences relativement importantes et je veux aussi m’y attacher. Je crois que cela passe par le renforcement de la sécurité ». Force est de constater, Monsieur le Maire, que dix mois après, la situation n’a guère changé.

Mais cette colère, Monsieur le Maire, couve également et depuis des années dans de nombreux quartiers. Je pense au 8e arrondissement dont je suis l’élu et notamment au quartier du Grand Trou. On peut également évoquer le quartier des Maisons-Neuves dans le 3e où les rodéos nocturnes sont également récurrents. Cette colère sourde est tout aussi grave, faite de résignation, de sentiment d’abandon et de rejet des politiques.

Aujourd’hui, Monsieur le Maire, c’est Lyon qui est en colère et vous qui êtes au premier chef responsable. Votre passage au Ministère de l’Intérieur n’a pas franchement été salué pour ses résultats ; votre discours de départ sur les marches de Beauvau était à ce titre édifiant. Au-delà des beaux discours, la tranquillité publique n’a jamais réellement fait partie de votre ADN politique. La Police municipale de Lyon reste, par rapport à d’autres villes de France et d’Europe, largement sous-dotée en moyens et en hommes, et les quelques avancées que nous avons pu voir l’ont toujours été sous la contrainte. Jusqu’à la vague d’attentat de 2015, vous avez toujours refusé d’armer la Police municipale et la vidéo surveillance reste largement sous-utilisée. L’expérimentation de vidéo verbalisation dont nous reparlerons tout à l’heure semble bien limitée et bien tardive.

Monsieur le Maire, vous êtes maire de Lyon depuis 18 ans, vous avez été parlementaire pendant 24 ans, Ministre de l’Intérieur pendant 17 mois. Vous ne pouvez pas, vous ne pouvez plus, nier votre responsabilité face à une situation, qui se dégrade d’année en année. Les Lyonnais doivent en prendre conscience.

Je vous remercie.

Partager sur :Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Share on FacebookEmail this to someone