Villa Gillet : quand les collectivités ne jouent pas leur rôle

Retrouvez ci-après l’intervention en vidéo de Laurence Balas sur la Villa Gillet lors du Conseil Municipal du 14 mars.


Villa Gillet par Ensemble_pour_Lyon

Monsieur le Maire, chers Collègues, nous voilà donc à reparler de la Villa Gillet car enfin, le rapport définitif est paru et avec lui, les réponses apportées par la Ville de Lyon à la Chambre.

Ce rapport, dont les médias ont abondamment parlé avant même sa parution et dont nous avons parlé ici-même également, donc je ne re-rentrerai pas dans les détails des nombreuses remarques qui sont faites, nous inspire trois réflexions :

Sur la gouvernance : il pose, encore une fois, la question de votre mauvaise gouvernance. Ce sujet, nous l’évoquons souvent ici. Vous n’avez pas joué dans les années écoulées votre rôle de suivi des financements versés aux associations et structures satellites de la ville. Souvenons-nous de la SACVL, de la ludothèque de Confluence ou de Cap Canal, pour ne citer qu’eux.

Indépendamment du choix politique qui est fait ici (sujet déjà évoqué pour les Subsistances et j’y reviendrai en conclusion), il s’agit bien sûr ici de contrôle mais aussi d’accompagnement de ces structures. Votre rôle, celui de la collectivité, n’est pas d’être un distributeur d’argent public mais bien de mettre en place des méthodes permettant aux associations de remplir leurs objectifs dans le cadre fixé. De même que les entreprises qui se créent ont plus de chance de survivre avec un accompagnement humain personnalisé qu’avec un simple financement, de même les associations qui rendent une mission de service à nos concitoyens doivent être aidées à grandir et se développer dans le respect des cadres définis. La complexité du système réglementaire et comptable l’impose pour ne pas se retrouver pour les entreprises en faillite et pour les associations, brutalement à cours de financement.

La Villa Gillet comme les Subsistances auraient dû bénéficier depuis des années d’un tel comité de suivi de la Ville pour les guider, les conseiller et si besoin, les réorienter. Il n’en n’a rien été. C’est aussi cela le rôle d’une collectivité engagée. Il y va de l’intérêt commun et financier de tous.

Il ne faut pas se mentir. Pendant des années, les recettes de la Ville augmentaient chaque année régulièrement, quoiqu’il arrive, alors le contrôle des dépenses (a fortiori des subventions) n’était pas une priorité. On ne pouvait pas non plus attendre des associations qu’elles fassent des efforts de gestion si personne ne le leur demandait ! La compétence financière n’est pas forcément celle qu’on retrouve le plus dans le « pedigree » des présidents ou des directeurs d’associations.

▪ Sur la Villa Gillet plus précisément, je ne reviendrai pas sur les détails du rapport, ni même sur le désormais célèbre festival Walls and Bridges qui n’est qu’un aspect de ce rapport, certes médiatiquement plus vendeur mais pas essentiel au regard des finances de notre collectivité puisqu’il était essentiellement financé par l’Etat.

Les points faibles soulignés dans le rapport concernent la gouvernance évoquée plus haut : celle de la Ville sur l’Association, la Ville qui verse, vous l’avez rappelé, 220 000 euros annuels de financement plus une mise à disposition de locaux pour un équivalent d’environ 135 000 euros par an et celle du Conseil d’Administration sur la Direction. La Chambre précise : « aucun contrôle interne et externe n’a été véritablement exercé sur la structure ». Les financeurs publics (94 % du budget) n’ont pas joué leur rôle. On le voit, par exemple, dans la gestion même du bâtiment où seule une convention avec la Villa Gillet existe alors que d’autres structures sont hébergées.

Dans ses réponses, le Président de la Villa Gillet s’engage à mettre en œuvre un certain nombre de mesures. La Ville, de son côté, a promis d’être plus vigilante à l’avenir mais nous n’avons pas encore vu grand-chose pour l’instant et cela nous inquiète un peu. Vous dites dans votre réponse à la Chambre que « la Ville de Lyon a entrepris sur ce mandat municipal une remise à jour de ses procédures de suivi des structures culturelles subventionnées ». C’est bien l’aveu de la situation que je décrivais à l’instant ! Ce sont des mots, il faut maintenant qu’ils se traduisent en actes.

La Région, principal financeur (sous sa précédente majorité) avec 800 000 euros annuels a été également irresponsable : manque de suivi, de directives, de contrôles pendant des années. On a laissé faire. J’ai bien entendu que vous essayez de vous défausser sur elle mais les remarques qui sont faites dans ce rapport valent aussi pour le rapport sur la gestion des Subsistances par exemple et là, la Ville est le principal financeur. Donc là, ça ne marche pas !

▪ Sur l’avenir : au-delà de tous ces points mis en évidence dans le rapport, aujourd’hui –et nous sommes tous d’accord là-dessus- c’est l’avenir qui doit nous intéresser.

La Villa Gillet, à travers le festival Modes d’emploi et les Assises du Roman, est aujourd’hui un espace reconnu de rencontres et d’échanges de toutes les formes de cultures. Elle a aussi un rôle important de médiation culturelle. Mais son audience reste cependant assez limitée : je ne comparerai pas 34 000 personnes par an par rapport à l’affluence des 170 000 personnes à la Maison de la Danse ou 230 000 à l’Opéra, même si les données financières ne sont pas les mêmes, nous sommes d’accord.

La question aujourd’hui est donc, à moins de décider de sa disparition pure et simple, ce que personne ne souhaite je pense, de construire avec elle un nouveau projet culturel avec un modèle économique plus pertinent. Il est par exemple indispensable que cette association trouve des ressources propres, même si elles resteront minoritaires. Le mécénat doit se développer pour contribuer au financement des programmes proposés. Et je pense même que cela aurait dû être fait depuis longtemps. Vous auriez même pu l’inciter comme, Monsieur le Maire, vous avez subitement décidé de le faire pour le Musée des Tissus la semaine dernière. Cela ne se fera pas en un jour malheureusement. Peut-être faudra-t-il temporairement réduire les propositions d’animation pour coller à un budget en diminution. Il faut, en tout cas, définir rapidement une trajectoire financière précise pour les mois qui viennent. Ce travail doit se faire en lien étroit avec la direction de la structure.

La nouvelle équipe de la Région qui elle, met en place les processus d’accompagnement et de contrôle qui ont fait défaut à l’ancienne équipe, va sans nul doute vous montrer la voie, comme elle l’a fait pour le Musée des Tissus, en incitant à un travail partenarial entre tous les financeurs.

Vous avez évoqué un certain nombre de mesures que vous mettez en place, dont ce comité de suivi qu’on attend depuis si longtemps donc maintenant on attend vraiment de voir ce qui va se passer concrètement.

En conclusion, je voudrais revenir encore une fois sur votre politique culturelle. Sur les plus de 1 100 associations financées, dont la liste fait penser à un inventaire à la Prévert puisque plus de 230 le sont dans le domaine culturel avec des subventions allant de 100 € à 6,7 M€ pour l’Opéra, il faut vraiment que dans ce domaine vous arriviez à avoir une politique claire et à faire des choix.

La question de l’avenir des Subsistances est par exemple posée ou se reposera. Avec plus de 3 M€ de financement annuel de la part de la Ville (je le rappelle, l’équivalent de l’augmentation d’un point des recettes fiscales de la Ville), vous ne pouvez pas continuer à « faire comme avant ». Ce lieu doit aussi être repensé au regard des financements qui peuvent lui être attribués.

D’autre part, vous évoquez dans votre réponse à la Chambre (pour la rassurer semble-t-il), le fait que le budget culturel soit majoritairement affecté (pour 70 %) à des établissements gérés en régie municipale. La régie municipale n’est pas forcément un gage de bonne gestion et ne facilite pas toujours la transparence.

Plus que jamais, nous vous demandons un débat sur votre politique culturelle qui représente, je le rappelle encore une fois, 20 % du budget de la Ville.

En conclusion, je voudrais vous dire que non, la Gauche n’est pas la seule à pouvoir s’intéresser à la culture. Oui, il faut oser parler d’argent quand on parle de culture. Ce n’est pas honteux, c’est même indispensable. Quelle culture, pour quel public, à quel prix ? Ces questions, il faut avoir le courage de se les poser pour pouvoir demain continuer à avoir une politique culturelle digne de ce nom.

Et nous, l’Opposition, nous souhaitons pouvoir participer à cette réflexion.

J’ajouterai pour terminer que lorsque nous vous demandons des comptes… Nous allons avoir un dossier qui arrive tout de suite sur une des associations subventionnées, Africa 50, dont il paraît qu’en commission, mon collègue François Royer vous a demandé d’avoir les comptes et ces comptes ne lui ont pas été communiqués. Donc il faudrait aussi qu’il y ait une transparence là-dessus. Mme Lévy a évoqué notre participation éventuelle à un comité de suivi de la Villa Gillet, pourquoi pas. En tout cas, il faut que les choses progressent et nous souhaitons participer à ce travail.

Je vous remercie.

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